CHAPITRE XII
ayant arrêté son choix Je matin même. Comme il se retirait, il se croisa avec un ecclésiastique que justement le ministre avait mandé : c'était M. Affre. « Votre archevêque! » dit alors le ministre à l'abbé Dupanloup. Celuici s'inclina sans répondre; mais, en rentrant chez lui l'abbé Affre l'y trouva, et tout fut expliqué et éclaire! entre eux en un moment. On fit dans le temps sur tout cela beaucoup de commentaires. M- Swetchine, impartiale et bien informée, nous semble avoir rendu justice également à l'abbé Affre et à l'abbé Dupanloup dans une de ses lettres.
Voici le langage qu'elle prête à M. Affre devant M. Thiers ■ «Je fais peu d'exception d'estime parmi ceux qui me sont contraires: mais quant à M. Dupanloup et à M. de Brézé ils seraient mes ennemis personnels que rien ne m'empêcherait de me déclarer plein d'estime pour leur caractère et leur mérite. » « Ce ne sont peut-être pas les mots, ajoutet-elle, mais vous pouvez être sur du sens : et comme Ai de Montalembert me citait ces paroles entendues par lui je lai sommé de les écrire... Il m'a répété entre autres à plusieurs reprises que la mesure et l'indépendance ne s étaient pas démenties un instant dans M. Affre pas plus qu'un calme plein de dignité, et que son respect pour lui s en était fort accru. Quant aux exagérations, falsifications
interprétations absurdes ou calomnieuses, des noms comme ceux qui ont été enjeu sont une vraie bonne fortune pour un public avide de se venger de tout ce qu'il respecte et dont l'ignorance est telle qu'elle couvre presque sa mauvaise foi. » Et en ce qui touchait spécialement l'abbé Dupanloup, M-Swetchine disait : « C'est bien de tous les adversaires celui que je désire davantage voir rallié à notre nouveau pasteur. Ce n'est pas de la soumission de M. Dupanloup que je m'inquiète, sa conscience est trop celle du prêtre catholique; mais dans son ardent amour pour Lglise, je désire que l'appui de tant de lumières et de zèle ne soit pas refusé... C'est l'obéissance active que j aime par-dessus tout, et, dans les circonstances ou nous sommes, ce que je craindrais, c'est le respect qui se resigne et se sépare, et qui ferait un vide si large et si
dangereux ' . » Mrae Swetchine n'avait en effet rien à craindre. L'appui de tant de lumières et de zèle ne fut pas refuse au nouvel archevêque : spontanément et sur-le-champ, nous l'avons dit, l'abbé Dupanloup voulut avoir avec lui de loyales explications; ce qui fut facile, Mp1 Aflïe étant lui-même d'une droiture parfaite. Il n'eut garde de ne pas maintenir le Supérieur de Saint-Nicolas à la tête du Petit Séminaire, et deux ans après il lui demanda son concours pour l'administration diocésaine.
Depuis trois ans qu'il le gouvernait, le Petit Séminaire de Saint-Nicolas était transformé; les nouveaux règlement étaient en pleine vigueur : il n'y avait qu'à soutenir l'impulsion donnée : l'année 1810 fut de sa part pour cette œuvre « un effort immense ». Et toutefois, tant son activité était grande, il ne s'y absorbait pas; les chaires de Paris le voyaient reparaître de temps en temps encore : à l'âge qu'il avait alors, dans le plein épanouissement de ses facultés oratoires, les émotions une fois connues de la grande parole évangélique lui auraient trop fait défaut : il eût pu encore moins se soustraire à tant d'âmes pour qui sa direction était devenue une nécessité, d'autant moins que par une délicatesse excessive peut-être, et pour garder une complète liberté vis-à-vis de tous ses élèves, il s'était fait une loi de n'en confesser aucun, si ce n'est par exception : une chapelle de l'église de Saint-Nicolas du Ghardonnet, qui communiquait avec le Petit Séminaire, et dans la suite un petit oratoire voisin de son appartement, fut le lieu où il reçut les personnes dont il ne lui fut pas possible de se séparer, et qui ne craignaient pas de venir passer là, à ce confessionnal toujours envahi, des heures d'attente héroïques : tant qu'il avait affaire à un élève ou à un professeur, ou tant que la récréation de ses enfants n'était pas finie, car la récréation était à ses yeux un exercice important, il fallait attendre.
Il fit paraître, étant Supérieur du Petit Séminaire, quatre ouvrages. Il en avait publié quatre déjà, nous