‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 151 sur 326 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

science sacrée. Le 7 avril 1841, il parut pour la première fois dans sa chaire, « avec un éclat extraordinaire, dit une feuille du temps; depuis longtemps la vieille Sorbonne n'avait élé témoin d'un pareil triomphe ». Le sujet vrai de son cours c'étaient les Pères de l'Eglise; mais dans cette première leçon il avait cru nécessaire de traiter une question préliminaire, à savoir : la nature et le but de la parole sacrée, ses sources, ses modèles, son histoire et son influence sur les destinées du monde depuis dix-huit siècles. Et tel fut le sujet de son discours d'ouverture. Cela l'amenait à étudier, comme contraste, la parole humaine, le génie humain. De là encore une série de leçons préliminaires sur le génie : les éléments qui le constituent, les différentes sortes de génies, le génie littéraire, le génie scientifique, le génie philosophique, sa force et sa faiblesse, sa puissance ou son impuissance pour ou contre la parole sacrée.

Mais ces travaux, ajoutés à tant d'autres, lui causèrent une telle fatigue, qu'après la troisième leçon il fut obligé de s'arrêter. Ses vacances elles-mêmes, qu'il alla passer en Suisse, avec MM. Pététot et Arnault, ne suffirent pas à le rétablir. Quelques semaines après la rentrée du Petit Séminaire, qui se fit cette année-là plus nombreuse et plus brillante que jamais, sur l'ordre formel des médecins, obligé de tout interrompre, il prit te parti d'aller demander du repos à Rome. M?r A lire en profita pour lui confier une mission secrète dont nous allons tout à l'heure parler. Rome, depuis le séjour qu'il y avait fait en 1831, auprès du cardinal de Rohan, exerçait un attrait souverain sur son âme, et il en devait reprendre souvent encore le chemin. Après donc avoir fait, le soir de la Dédicace, ses adieux à ses enfants, laissant pour ainsi dire encore sa présence au milieu d'eux, et emportant avec lui leurs cœurs, il partit : non sans regret de s'arracher ainsi à tout, mais calme dans sa conscience, puisque c'était une nécessité, par conséquent un devoir. Il prit cette magnifique route des Alpes dite de la Corniche, « route suspendue et serpentante, perpétuellement variée par les mouvements et les contours des rochers: dominant du haut et

du sein des montagnes cette belle mer, embrasée, rayonnante, argentée » ; il s'arrêta quelques jours, qui furent pour lui pleins de douceur, aux portes de Gènes, à Vol tri. c lieu incomparable ». chez M. le marquis de Brignole, ambassadeur de Sardaigne à Paris, avec lequel il était lié: un des diplomates les plus respectés de l'Europe; puis, après avoir traversé la Toscane et l'Ombrie, il arriva à Rome pour la fête de l'Immaculée Conception, le 8 décembre.

Ce fut pour lui c une immense consolation d'être là », non plus en passant, mais pour un temps notable, et de vivre, comme il aimait à dire avec l'orateur romain, dans cette lumière, in istd luce vire. Il y rapportait un nom qui avait grandi, et qu'accueillait une sympathie universelle; il avait le loisir el la paix, les relations les plus honorables, des guides précieux, et surtout son érudit ami, l'abbé Lacroix. Il se proposa de mettre à prolit i e séjour pour faire de Rome et des choses de Rome une étude à fond.

Mais ne voit pas Rome simplement qui la regarde; c'est de l'âme qu'on la voit : il faut être au vrai point de uie, et sentir, et comprendre, et surtout conclure; alors l'idée de Rome se révèle, le sens de ces deux antiquités, fondues ensemble dans une si merveilleuse imite, se découvre, l'œuvre divine apparaît. Rome, c'est la ville du Christ : fondée pour l'empire du monde, Populum late regem; pour l'empire temporel d'abord, les vestiges en sont partout; puis pour l'empire spirituel, sa victoire éclate de toutes paris : la le Christ règne et commande : la est le centre de sa puissance, le fondement de son Eglise, la pierre immuable sur laquelle cette Eglise repose a jamais.

C'est donc cette double étude de Rome qui va l'occuper. Ses impressions, ses émotions, il les a consignées en des notes rapides, où la précision des renseignements n'arrête en rien l'élan de l'àme et ses cris éloquents.

Des hauteurs du Vatican il la voit tout entière et l'admire < debout sur ses sept collines, au centre d'une plaine im-

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