‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 153 sur 326 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

pêcheur de Galilée. Cent trente de ses successeurs sont là rangés autour de lui... J'ai dit ma messe hier sur ce tombeau. J'étais allé la veille à la prison Maraertine, la prison de l'apôtre ; et le lendemain, je célébrais la messe sur son glorieux sépulcre... ce centre immuable de l'immense catholicité, cette pierre fondamentale de l'Eglise, à laquelle, physiquement même, j'étais appuyé !... L'immutabilité, l'infaillibilité est là, manifestement : le centre, le fondement immobile, la base, la pierre! Tu es Petrus /... Petra autem erat Christust

Il voulut aller le lendemain au lieu même où saint Pierre fut crucifié la tète en bas, sur le point culminant du Janicule : « Je me le représentais, dit-il, jetant de là un long regard sur Rome... sur le monde... Le moment était venu de triompher par la mort... Puis, tout à coup, au milieu des collines rapprochées du Janicule et du Vatican, j'aperçus la coupole et la croix triomphante de Saint-Pierre au plus haut des airs...

Le Pape surtout, la majesté du Pontificat, l'enthousiasme.

Le jour où il célébra cette messe dans la crypte de Saint-Pierre, le Pape y était venu aussi. C'était l'anniversaire de la mort de Pie VI. « Je vis entrer, dit-il, le successeur de saint Pierre, plein de gravité, de piété, de majesté : je reçus avec bonheur sa bénédiction. »

Il l'avait vu à Noël, et il le revit à Pâques faire son entrée solennelle à Saint-Pierre, porté sur son palanquin, et s'avancer « à travers cette immensité, cette splendeur, plus recueilli et plus prosterné que ceux qui lui demandaient sa bénédiction». Cet office de Noël, avec, « ces chants, ces fanfares qui vont se prolongeant sous ces voûtes », lui parut « plein de grandeur ». Et <? le berceau de tant de magnificence, ajoute-t-il, c'est la crèche de Bethléem : Un enfant a fait cela ! Quelle transformation divine ! » Aux offices de la semaine sainte, qu'il suivit presque tous, ce fut comme un long et doux enivrement de joie, de foi, de piété. La bénédiction urbi et orbi le jour de Pâques, le ravit. « Aux yeux de la foi, s'écrie-t-il, que cet homme, que ce Pontife' est grand! C'est le plus

grand des mortels ! un oracle vivant et divin ; de plus mi père... Père delà plus grande famille des hommes, et pasteur du genre humain... C'est ce qui Tait de cette bénédiction quelque chose de si grand, de si sublime, de si tendre, de si puissant, de si paternel et de si divin, qu'on en est enlevé et attendri jusqu'aux larmes. »

>"on seulement Saint-Pierre, mais les six autres grandes basiliques, puis « les Eglises vénérables », comme il les appelle, furent visitées, étudiées par lui avec les mêmes sentiments de simple et ardente foi; et partout il prend des notes nombreuses, copie et l'ait copier les inscriptions. Il en a rapporté des trésors.

Et non moins que les monuments sacrés, ce qu'un appelle « les dévotions de Home.» offraient un inépuisable alimenta sa piété : « Les dévotions de Rome, écrit-il, seraient un des points de vue merveilleux de Home chrétienne. »

Mais Home est aussi la ville des arts : le Vatican en est comme le palais. L'abbé Dupanloup avait le cul le des lettres, un goût littéraire très pur et très sur; mais il avait ete jusque-là peu attire par l'art ; non certes qu'il ne l'estimât a sa vraie valeur, ni que le sens de l'art fît défaut à sa nature d'une sensibilité si noble, si vive et si délicate ; si prompte à l'admiration, et à l'enthousiasme. Mais ce sens n'avait pas encore ete très cultive : non pas la théorie de l'art, mais son histoire lui était tout a lait étrangère, ainsi que ses procédés ; cependant, placé alors pour la première lois en face de ces merveilles de la peinture et de la sculpture que possède le Vatican, il a des intuitions étonnantes, des appréciations, spontanées, mais dune élévation, d'une finesse, dune justesse, que l'étude elle-même ne donne pas toujours. Les connaissances techniques lui manquent, mais c'est assez de son âme.

Le premier coup d'œil l'éblouit. «Je retournerai, écritil, pour revoir à loisir ces chefs-d'œuvre. Je n'avais jamais vu cette création du génie des arts, et cette sublime imitation de la nature. J'en ai été saisi. Je n'avais pas l'idée de cela. C'est la perfection, le génie, le sublime,

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