CHAPITRE XII. -loi
années, jetant de là ses derniers regards sur Rome... promenant ses tristes pensées sous ce beau ciel... se préparant enfin à résoudre les grands problèmes, les questions insolubles pour lui de la vie et de la mort... du chagrin, de la consolation et de l'espérance... de la vertu et de la vie heureuse : ce sont les Questions Tusculanes.
» Ce grand homme, cet admirable génie cherchait à se consoler par ces graves méditations... et ne le pouvait !
» C'était quelques années seulement avant Jésus-Christ. . . Le jour venait, et ce pauvre Cicéron... au sommet des montagnes de Tus eu lu m, au sein de la brillante lumière de l'horizon romain qui l'entourait... cherchait à dissiper les ténèbres dont son esprit était rempli...
» En descendant la colline, je rencontrai l'ermitage des Camaldules, ermites fondés par saint Romuald : ces bons religieux nous offrirent l'hospitalité...
» Ils me donnèrent des chapelets pour les enfants de mon Petit Séminaire. En les recevant de leurs mains vénérables, l'image de Cicéron me poursuivait toujours : et je me disais, en pensant à lui avec une compassion profonde :
» Ces pauvres religieux ont résolu toutes les Questions Tusculanes ! La vie, la mort, la consolation, l'espérance, la vertu, la vie heureuse, ils savent tout cela. Cicérun cherchait: eux pratiquent! Le simple chapelet qu'ils portent à leur ceinture de cuir leur a plus appris que l'Académie, le Lycée et le Portique à Cicéron... »
Pour achever de nous représenter sa vie à Home, donnons-nous maintenant le plaisir de le suivre dans une simple promenade. Il a travaillé toute la matinée; le temps est doux, le ciel est pur; l'après-midi il sort, et va chercher son fidèle compagnon, l'abbé Lacroix; et voici ces deux prêtres français cheminant dans Rome. Un an après, il rappelait ainsi au même abbé Lacroix les souvenirs de cette promenade qui, comme une fision, flottaient encore, à travers les brumes et les bruits de Paris, devant son âme :
« Paris, 13 février 184-3. Mon bon et cher ami : Vous souvient-il qu'il y a aujourd'hui un an, il faisait à
252 VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOlP.
Rome un temps incomparable? J'allai vous chercher, et vous souvient-il de cette délicieuse marche dans Rome, avec ce ciel si beau, cet air si pur, cette population en fête et toujours si paisible? Après avoir de votre terrasse admiré aux splendeurs du soleil Saint-Pierre, le château Saint-Ange, le Tibre, le Monte-Mario, la Campagne, nous nous acheminâmes vers la villa Médici par la via Condotti. Vous souvient-il ,(uel magnifique aspect nous avions, le long de celte rue, de la Triuité-du-Mont, de l'escalier, de l'obélisque, des tours, du ciel? Ce n'était que le commencement de nos joies. Arrivés à la villa Médici, nous eûmes une première vue ravissante, mais grave comme tout ce qui est romain, de la villa Borghèse... de ces prairies, de ces troupeaux, de ces pins superbes, de ces grands pâturages...
De là nous montâmes plus haut, la vue dr Rome nous saisit; la majesté de l'horizon romain, sa gravité, sa magnificence, nous apparut, avec une richesse de lumière, une variété de teintes!.., ce bleu, ce violet pourpré, qui a l'ait dire a M. de Chateaubriand que Rome semble avoir jeté la pourpre de ses empereurs et de ses consuls sur les montagnes de son horizon; et puis, vous vous souvenez : à nos pieds cette verdure, cette végétalion éternelle, illuminée par les derniers rayons du soleil couchant.
i Vous me fîtes monter encore plus haut, a travers ce bois de chênes verts, parsemé de lumières, et des rayons brisés du soleil : Ilmnt obscur i soin, sub aorte per timbrant, disions-nous. Mais arrivés a ce Belvédère, quelle majesté! quelle grandeur! quelle paix.! quel silence! Du coté de la mer l'horizon avait une tendance paisible et infinie : C'est par là, me disiez-vous, que Rome a toujours marché à ia conquête du monde.
» Mais vous souvient-il surtout comment nous apparut tout à coup la montagne sainte et sublime? Comment Saint-Pierre se détachant des ombres, immenses, épaisses, qui couvraient ses portiques sur la terre, faisait resplendir sa coupole dans un océan de lumière? Elle apparaissait seule à l'horizon de l'occident, tandis que le soleil