CHAPITRE XII
caché derrière le vaste dôme de la basilique, l'inondait de clartés...
» De là, nos regards se promenaient sur cette ceinture de montagnes pourpre et or, jusqu'au Soracte et en Étrurie... Mais ce que je n'oublierai jamais, c'est cette vapeur transparente, toute radieuse, répandue de toutes parts, jusqu'au plus haut du ciel, et dont tout, autour de nous et au loin, semblait revêtu, comme d'azur... Il y avait la comme un océan de verdure, de lumière, de paix et de gloire, que nous dominions... et à nos pieds s'étendait la ville éternelle, dont tous les sommets semblaient étinceler, tandis que tout dans ses rues était dans l'ombre. Tout cela, mon cher ami, nous causa, vous vous en souvenez, de bien vives émotions, et me semble aujourd'hui inexprimable.
» Tout à coup, le disque en feu du soleil disparut derrière la coupole de Saint-Pierre; le sommet des montagnes parut encore un moment illuminé...; puis les grandes ombres se répandirent, et nous aperçûmes tout a fait a nos pieds les vieux murs gigantesques de Rome bâtis par Bélisaire, et qui semblaient s'enfuir dans les ténèbres, Ibant obscur i.
3 Vous souvient-il encore comme nous descendîmes à regret de cette hauteur? Nous nous arrachions à l'immensité la plus majestueuse; et quand, de cette vision de lumière, nous retrouvâmes le monde et la terre, au Cours de la Trinité du Mont, nous eûmes une étrange impression de dédain involontaire, comme si des régions éthérées nous eussions été condamnés h traîner notre vie dans une basse atmosphère.
» Et le spectacle dont nous avions joui avait été si beau, que nous avions songé à peine aux ruines' mémorables que le Latium et l'Etrurie nous montraient : Ostie, Laurente, Antium, Veies, Préneste, Tibur, Tusculum, Porto, Albe-la-Longue... ; et ces innombrables villas de Cicéron, de Mécène, d'Horace, de Pline; et les camps d'Annibal, d'Alaric et de Totila.
» C'est en redescendant que notre pied heurta contre une pierre tumulaire de Claude; et, avec votre pénétrante'
observation, vous me iites remarquer l'étonnante concentration des pouvoirs clans la Constitution impériale, entre les mains d'un seul homme. Quel pouvoir à devenir fou! Et alors le genre humain devenait ce qu'il pouvait, sous un Claude imbécile, sous un Néron, sous un Caligula, ou un lléliogabale...
» Que je suis loin de Home, maintenant mon cher ami..., loin de la paix... Le souvenir de mes paisibles et heureuses journées, à cette époque, avec vous, avec ces bons et bienveillants amis que Home m'avait donnés, me cause quelquefois un grand serrement de cœur, et comme le mal du pays... J'étais aujourd'hui très atteint de cette douloureuse tristesse, et je me suis mis a vous écrire. »
Dans ces émotions diverses et si vives, dont nous venons de saisir les traces, sans doute sa foi, son esprit catholique, sa piété éclatent, et on sent que cela vient du fond de son âme et que ces sentiments ne s'évanouiront pas avec les spectacles qui les ont provoqués : Dieu prépare de loin et silencieusement a la mission qu'il lui destine, l'imprégnant a ce degré du sentiment romain, le futur défenseur de la Papauté et de R< me. Mais veut-on pénétrer plus avant, dans sa vie intérieure même, dans ses habitudes et ses pratiqi tes? Un petit papier,
conservé par lui commi qui se rapportait a la vie
de son âme, va nous apporl • une touchante révélation. On voit là qu'il faisait neu vaine sur neuvaine. Il
Ht la première dans ia semaine de Noël, se proposant « de médit ?ui la Sainte Enfance pendant ce temps: sur la simplicité, L'humilité, la pauvreté, le silence, l'obéissance de l'enfant Jésus » ; ses « intentions spéciales » sont : « la vie intérieure, la modération en toute chose, la générosité apostolique; » on verra au chapitre suivant que c'était là surtout que se portait alors l'effort de sa piété. Mais la seconde, qu'il fit au mois de janvier, avait un but particulier : « Je prépare avec une grande joie d'âme, écrivait-il à M-1 Affre, la suite de mes leçons à la Sorbonne. » Certes, cette joie, on la conçoit chez ce prêtre qui se sent là au centre même de cette religion dont il