‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 158 sur 326 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

professeurs, disait l'abbé' Dupanloup, dans une lettre à l'Archevêque, appartiendra toujours au roi; vous les présenterez, puis les instituerez, et c'est par vous et par le Pape qu'ils seront docteurs en théologie. » Mais il ne resta pas à Rome assez longtemps pour terminer cette affaire, à laquelle aucune suite sérieuse ne fut donnée par Ms* Aiïre. 11 voulut du moins, quant à lui, profiter de son séjour à Rome pour y prendre dans une Faculté romaine, la Sapience, !e grade de docteur, et, chose que nous sommes aise de faire remarquer, la thèse qu'il soutint fut celle de Fénelon : l'infaillibilité du Pontife romain. C'était là dès lors, et ce fut toujours son opinion théologique. 11 n'a jamais été ce qu'on appelait un gallican. « Le gallicanisme se meurt infailliblement, écrivait-il, le 2 novembre 1843, à Mme la princesse Borghèse... Il n'y a pas huit évèques gallicans modérés en France. » Mais, plein de respect pour l'ancien clergé de France, il ne pouvait pas supporter les attaques dont certains écrivains poursuivaient ce vénérable épiscopat.

Du reste, le Souverain Pontife, qu'il eut occasion de voir souvent, était pour lui plein de bonté ; et plus encore le cardinal Lambruschini, secrétaire d'Etat du Saint Père. Les cardinaux Acton, Maï, Castracane, Polidori, Mezzofante et beaucoup d'autres, lui témoignèrent également la. plus aiïecteuse bienveillance, ainsi qu'à son Petit Séminaire.

Car il n'oubliait pas à Rome, nous n'avons pas besoin de le dire, son Petit Séminaire. Son àme y était restée; et comme saint Paul il eût pu dire : Absens corpore, prœsens autem spiritu. La correspondance des directeurs avec lui était incessante. Chaque semaine, les notes lui étaient envoyées : on ne saurait dire quelle émulation venait de là à tous les élèves, quels efforts suscitait la pensée de lui donner une joie, ou la crainte de lui causer une peine, et aussi l'espérance de recevoir de lui un témoignage de satisfaction. Il y avait cette ingénieuse invention, l'Écho de Saint-Nicolas, journal rédigé par les élèves de rhétorique, sous la direction de leur professeur l'abbé Duchène, dont il était le seul abonné,

et dont chaque numéro lui rendait les comptes les plus détaillés et les plus piquants, avec des noms propres, de tous les incidents de la vie quotidienne de Saint-Nicolas. Ce journal lui causait de vives joies ; il le communiquai!, et des cardinaux eux-mêmes ne dédaignaient pas de prendre connaissance de ce spécimen d'éducation; étonnés < \ charmés de cette puissance d'un homme sur toute une jeunesse ; la réputation de la maison de Saint-Nicolas parvenait ainsi aux plus hautes régions. Le Cardinal vicaire lui donna une très belle relique pour le Petit Séminaire, le corps d'un jeune martyr de vingt ans, la pierre de son tombeau, et l'inscription de son martyre, et la fiole qui avait recueilli son sang: le tout d'une authenticité parfaite : ce fut un grand jour pour la pieté à Saint- Nicolas que la réception de cette relique.

Le P. de Ravignan se trouvait aussi à Rome, et v avait prêché l'Àvent. On aurait voulu à l'Ambassade que l'abbé Dupanloup y prêchai le Carême. < Mais, écrivait-il à l'Archevêque, quand je laisse a Paris tous mes devoirs, il n'y aurait aucune convenance à entreprendre ici des œuvres de zèle plus ou moins secondaires. J'ai refusé et je refuse chaque jour formellement. » Cependant une occasion se présenta où il lui devint impossible de ne pas faire, entendre une parole si désirée.

Il y avait alors plusieurs familles françaises à Rome, entre autres la famille de La Ferronnays. Nous avons raconté la première communion angelique et la sainte mort du jeune Albert de La Ferronnays. Comme l'abbé Dupanloup s'était trouvé auprès du tils à ses derniers moments, la Providence permit qu'il se trouvât aussi auprès du père : c'était ce noble comte de La Ferronnays, ancien ambassadeur de Louis XVIII, ancien ministre de Charles X, dont M. de Chateaubriand a dit : « Tout le monde l'estime, et personne ne le hait, parce que son caractère est pur et son esprit tempérant. » « Apres la catastrophe de 1830, que sa modération aurait prévenue, M. de La Ferronnays s'était retiré en Dieu : dans son àme chevaleresque la piété était née comme la fleur divine de l'honneur, elle y avait pris une intensité extraordinaire. Les

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