‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 159 sur 326 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

épreuves qui s'accumulèrent avaient fortifié encore sa foi : le conseiller des rois avait servi la messe auprès de son fils mourant l. » L'abbé Dupanloup se plaisait dans cette chrétienne famille, où il rencontrait aussi l'abbé Gerbet, qui écrivait alors son Esquisse de Rome chrétienne.

Mais ses prédilections paraissent encore avoir été pour la famille Borghèse. Adèle de La Rochefoucauld, princesse Borghèse, qui mourut en 1877, un an avant Tévèque d'Orléans, laissant à Rome une mémoire bénie et vénérée, était Française, et revoyait chaque année la France. Depuis quelques années, elle avait pu obtenir, non sans des instances réitérées, que l'abbé Dupanloup, qui tendait à restreindre plutôt qu'à étendre son ministère depuis qu'il était Supérieur du Petit Séminaire, acceptât la direction de sa conscience. Cette direction lui avait été précieuse au milieu des deuils cruels qui allaient bientôt l'éprouver. «Au bruit des coups terribles qui frappent autour de vous tant de tètes si chères, lui écrivait Tannée précédente (20 décembre 1840) l'abbé Dupanloup, je me bornais à prier... Que Dieu donne des consolations à toutes les douleurs et des remèdes à toutes les blessures! Qu'il soit lui-même la lumière, la consolation, la force ! Et puis il y a le ciel ! Et même il n'y a que le ciel : cela est bien certain; et même, dans des moments aussi cruels, cela est bien clair. » Sa religion s'était encore accrue dans la douleur. Très dévouée aux intérêts catholiques, très occupée de bonnes œuvres, elle était à Rome à la tête de la charité et de la piété. « Je ne sais, écrivait le P. Roothaan au P. de Ravignan, après une retraite, que celui-ci venait alors de prêcher aux dames romaines, si vous savez qu'une société de bonnes personnes formée par la princesse Borghèse porte inscrits sur un anneau, comme souvenir, ces deux mots recueillis dans votre retraite -.Allez toujours! et on s'en sert comme d'un ri* tordo bien bon et bien utile2. » L'abbé Dupanloup, qui

1. M. Hilaire de La Combe, 3/ar Dupanloup; admirable travail publié dans le Correspondant du 10 octobre 1880.

2. Vie du P. de Ravignan, par le P. de Pontlevoy, t. 1, p. '237.

ne l'avait jusque-là dirigée que par intermittence, et par lettres, voulut profiter de son séjour à Rome pour lui donner un nouvel élan vers Dieu, et lui tracer définitivement sa voie. Il lui fit donc faire une sérieuse retraite dans la petite chapelle du couvent de la Trinité du Mont, lui laissa par écrit tout un plan de vie, après s'être concerté, de son consentement, avec le P. de Yillefort : ce qu'il fut pour elle à partir de ce moment, la correspondance qui se poursuivit dès lors entre elle et lui, avec une activité nouvelle, pendant trente-cinq ans, jusqu'à la mort de la princesse, les étonnantes sollicitudes sacerdotales de ce prêtre, de cet évêque, occupé cependant de tant d'àmes, et de tant d'œuvres, les trésors de sagesse chrétienne d'une part, de fidélité généreuse de l'autre, qui sont là, nous n'avons pas le droit de dire ces choses...

« Un dimanche, lisons-nous, dans le Récit d'une Sœur lt de Mme Craven, M. de La Ferronnays alla dîner chez la princesse Borghèse : il passa presque toute la soirée à causer avec Théodore de Bussières et l'abbé Dupanloup... Théodure lui parla beaucoup d'un juif dont il désirait vivement la conversion... » Ce juif, récemment arrivé à Rome, s'appelait Alphonse Ratisbonne, et appartenait à une famille opulente de banquiers de Strasbourg. Le lendemain, 17 janvier 1842, M. de la Ferronnays, après avoir longuement prié le matin même à Sainte-Marie-Majeure, mourait tout à coup entre les bras de l'abbé Gerbet, « au milieu d'un acte d'amour parfait qui l'a amené à l'instant dans le sein de Dieu, » comme ne craignit pas de le dire l'abbé Dupanloup, tant celte mort quoique soudaine avait été édifiante et avait laissé d'espérance au fond des cœurs. Il avait promis en mourant de prier Dieu pour la conversion du jeune juif, si lui-même il obtenait miséricorde. Or, comme on faisait les préparatifs des obsèques dans la petite église de Saint-Andréa délie Frate, M. de Bussières y entra avec M. Ratisbonne, et tandis qu'il allait s'enquérir de quelque détail relatif à la cérémonie, l'Israélite,

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