CHAPITRE PREMIER
neur, et surtout le grand cachet! Mais il était si difficile à gagner, que bien peu osaient y prétendre.
» On donnait des gravures pieuses. J'avais un tel désir de bien faire et un tel zèle pour obtenir les récompenses du catéchisme, que j'en avais, je m'en souviens, soixantequinze a la lin de l'année. Je les amassais, je les conservais avec un soin religieux. Il y avait entre nous tous une émulation modeste à qui en aurait le plus.
» Parmi nos catéchistes, deux surtout gagnèrent toute mon affection, l'un par sa bonté austère, l'autre par sa grande amabilité.
» M. Lacombe, le chef du catéchisme, avait un grand air d'austérité, et j'ai su depuis que c'était un saint : il nous en imposait beaucoup, mais nous l'aimions autant que nous le respections. M. Menjaud, depuis évéque de Nancy et aujourd'hui archevêque de Bourges, était extrêmement aimable. Je dois dire qu'il m'aimait beaucoup, et je le lui rendais bien. Il me prit un jour à part dans celte chapelle où j'aimais a demeurer quelquefois après que le catéchisme était fini, et me garda quelques moments pour me parler de ma Diligence sur le cinquième commandement et l'homicide; il avait fait l'instruction et avait été très content de mon analyse; il me lit donc rester pour me le dire et me donner une image de la sainte Vierge. Comme on aime un catéchiste qui vous fait rester après les autres pour vous dire un mot, pour vous encourager: comme on en est heureux ! Ce témoignage d'amitié s'empare de l'àme. Il n'en faut pas davantage pour gagner un enfant. A cet âge, le cœur s'ouvre et se donne si facilement! Et cette disposition naturelle, celte naïve sensibilité devient une précieuse ressource qu'un bon catéchiste peut tourner sans peine au profit de la grâce.
» Ce fut M. Teysseire, un homme qui devait avoir sur moi et mes destinées une grande influence, surtout après sa mort, qui me porta au vif de l'àme le coup le plus fort que j'aie alors reçu. Il avait été très brillant élève, puis répétiteur à l'Ecole polytechnique. Au sortir de l'École, il était entré au Grand Séminaire de Saint-Sulpice, s'était fait prêtre et sulpicien. C'était un prêtre angélique. Chargé
de la direction générale des catéchismes de Saint-Sulpice, il venait, une fois chaque année, visiter chaque catéchisme. Le dimanche de la Sepluagésime, il vint visiter le nôtre. Il avait alors vingt-sept ans. Dès qu'il apparut au milieu de nous, son visage et le feu de son regard me pénétrèrent : il nous parla avec une éloquence grande et simple. Sa parole était une flamme vive et tendre : j'en fus saisi. Il y eut un moment surtout, où, parlant de l'ingratitude des hommes envers Dieu, son àme poussa un cri qui retentit encore dans la profondeur de mon souvenir. Jamais jusque-là aucun de mes catéchistes ne m'avait ému à ce degré.
» Une fois les examens passés, et sûr d'être admis à la première communion, je ne songeai plus qu'à me convertir tout à fait, et je m'appliquai plus que jamais à préparer ma confession générale.
» Je la fis de mon mieux, et cependant j'y eus moins de joie qu'après cette première confession qui m'avait rendu si léger; j'étais devenu plus sérieux, je réfléchissais davantage: après m'être confessé, je sentais non seulement la joie d'avoir tout dit, mais la nécessité de me corriger à fond de tous mes défauts, de prendre et de tenir de fortes résolutions; c'était pour moi une nouvelle vie à régler et à mûrir.
» Un souvenir de cette époque qui est peut-être pour moi d'une consolation plus solide encore, ce sont certaines prières que je faisais à la maison quand j'y étais tout seul, et que, sentant le besoin de demander à Dieu le pardon de mes péchés et la grâce d'une bonne première communion, je profitais de ma solitude pour me mettre à genoux, et tâcher d'obtenir la grâce dont je sentais le désir. Ces prières étaient très bonnes, très vraies, et l'inspiration qui me venait de les faire était certainement une grande grâce de Dieu.
» La Retraite enfin mit le comble à toutes les grâces, à toutes les bénédictions de cet admirable catéchisme de semaine. Elle fut très bien prêchée par M. l'abbé de Quélen,qui devint depuis archevêque de Paris.
» Le mercredi matin, après l'acte de contrition, je reçus