CHAPITRE PREMIER
enfin l'absolution; ce fut un moment de grande et profonde douceur; ma joie n'éclata guère au dehors, j'aurais craint de la perdre, mais elle était bien heureuse et vive au dedans.
» Le lendemain, dès cinq heures du matin, nous étions sur pied, avec nos habits de première communion, nos rubans blancs au bras, nos cierges à la main; je me vois encore à ma place dans cette magnifique église de Saint- Sulpice, sur le premier banc, priant et chantant Troupe innocente d'enfants chéris des deux, dans un grand recueillement, avec mon livre de cantiques, petit volume in-12 que j'ai conservé, et qui est encore là sous mes yeux pendant que j'écris ces lignes.
» Premières communions et renouvelants, nous étions près de cinq cents et remplissions toute la grande nef. Les cérémonies furent d'une grande beauté, mais surtout les deux grandes processions: celle du matin, lorsque nous nous rendions de notre chapelle dans la nef de l'église, et celle du soir, lorsqu'on nous conduisit à la chapelle de la sainte Vierge pour la consécration solennelle; nous nous avancions lentement, sur deux longues files, le matin, en chantant le beau cantique de Feneïon : Mon bien-ahné ne parait pas encore, et le soir : Vous qu'en ces lieue combla de ses bienfaits, tne foule immense et recueillie remplissait les bas-côtés de l'église, et, s'écartant pour nous faire place, ne se lassait pas de considérer en silence ce beau et religieux spectacle, dont la pompe auguste et naïve présentait le caractère le plus touchant dans je ne sais quel mélange d'innocence et de majesté.
» La cérémonie de la première communion fut naturellement la plus belle de toutes, mais elle échappe à mes souvenirs; nos yeux étaient alors fermés à tout ce qui se passait autour de nous sur la terre, nous ne voyions que l'autel, le tabernacle, la table sainte, et lorsque le moment d'en approcher fut arrivé, tous émus, pénétres, et comme anéantis devant Dieu, nous n'avions guère plus aucun sentiment des choses qui nous entouraient. Après la communion, le premier moment fut un grand saisissement;
puis vint la confiance, la reconnaissance, la joie vive, une félicité céleste, et toutes les expressions de notre amour pour Dieu, les mystérieux épanchements de l'âme émue d'un enfant dans le cœur de Jésus-Christ, qui lui réserve pour ce solennel et doux moment ses plus ineffables tendresses.
» Plusieurs, de retour à leur place, à genoux et en actions de grâces, versaient des larmes avec abondance.
» Tous nos parents étaient là dans des places réservées, et nous considéraient de loin avec attendrissement. Nos catéchistes, je m'en souviens, pleuraient de joie en nous regardant. Ils recueillaient entin avec grande douceur le fruit de leurs peines. Et nous, ravis de la grâce de Dieu dans nos cœurs et des religieuses magnificences qui nous entouraient, nous chantions nos beaux cantiques avec transport, nous goûtions un bonheur si pur, si élevé, si divin, que nous semblions n avoir plus rien à envier à la félicité des cieux. »
Voilà comment fit sa première communion le futur évèque d'Orléans. A quoi tient un avenir? Ces premières grâces des catéchismes de Saint-Sulpice perdues, tout le reste l'était aussi; tandis que celte admirable fidélité appela sur l'heureux enfant des grâces nouvelles dont la chaîne merveilleuse évidemment tenait à ce premier anneau.
Voici, en effet, quelle fut la suite immédiate de cette première communion. C'est lui toujours que nous entendons :
(( Les temps qui suivirent la première communion furent délicieux. Peut-être trouverez- vous, mon cher ami, que j'entre ici dans bien des détails; mais ces détails, même après tant d'années, sont si vivants pour moi!
» Aimant ces messieurs avec tendresse, j'allais sans cesse au Séminaire les voir pendant leur récréation; ils me recevaient toujours avec la plus grande bonté; aussi c'était alors une joie comme je n'en ai jamais eu de meilleure en ma vie.
» Depuis ce temps, je ne me plaisais plus qu'avec ces messieurs ou les enfants les plus sages du catéchisme.