CHAPITRE XIII
L'abbé Dupanloup, Supérieur du Petit Séminaire de Saint-Nicolas
(suite)
Deux retraites de labbé Dupanloup
en 1810 et 1 8-1-2
Avant de poursuivre notre récit, il ne sera peut-être pas sans profit ni charme de regarder au fond de son àme, et d'y saisir le travail opiniâtre de sanctification auquel jour par jour persévéramment il se livrait. Deux choses nous permettent ce regard : ce qu'on pourrait appeler le journal de sa vie intime où, en quelques lignes, d'un mot quelquefois, il résumait chacune de ses journées; et aussi ses cahiers de retraite. Il a donc là, sous la main, dans an tiroir secret de son bureau, ces pages intimes, où il note, chaque soir et chaque matin, le résultat spirituel de sa journée ou l'impression dominante de son oraison : on voit là toute sa vie d'âme, les pensées qui l'occupent, les choses qu'il médite, les efforts obstinés qu'il fait sut luimême et contre lui-même, ses succès ou ses échecs dans cp travail, selon qu'il a pu parvenir à se tenir dans le recueillement voulu, ou que les affaires l'ont trop entraîné. De plus, quand il peut se ressaisir quelques moments, ce prêtre, dont la vie est si dévorée au service des autres, se plonge avec avidité dans la retraite, et ce qu'il se dit à lui-même, sous l'œil de Dieu, il l'écrit aussi, nous le possédons; il l'écrit pour le relire, et se redire sans cesse ce que Dieu lui dit dans ces précieux moments, et encore se reproche-t-il de ne pas écrire assez : tant il aurait voulu ne rien perdre de sa vie spirituelle. « Je trouve toujours, lisons-nous dans un de ces cahiers, un grand goût et un grand bien à repasser toutes ces grâces, toutes ces lumières de Dieu; cela vaut mieux pour moi que tous les livres;
c'est ce que Dieu a dit lui-même et de plus près à mon àme. »
Ouvrons avec respect ces pages, car ce sont les vrais arcanes de cette àme.
Nous choisirons, dans ce que nous avons sous les xeux, les résumés de deux grandes retraites qu'il alla faire à Issy, avant et après ses cours à la Sorbonne, l'une à la fin de l'année 1840, l'autre à la fin de 184-2.
En 1840, ce à quoi on le voit particulièrement s'appliquer, c'est à s'établir puissamment dans le recueillement et la vie intérieure. Absorbé alors par tant d'occupations à la fois, le gouvernement de son Séminaire, les relations innombrables, la direction des âmes, la parole publique, les travaux intellectuels, une correspondance qui s'étend de plus en plus, l'ennemi pour lui, c était cela, ces envahissements de tout genre; tout son effort tend donc à défendre contre eux ses exercices de piété et son union paisible à Dieu. Au fond, il est heureux de ces labeurs, qui lui font des jours si pleins, mais à la condition que la vie intérieure n'en soit pas diminuée.
« La vie active et la vie contemplative, dit-il, c'est Marthe et Marie. Elles sont sœurs et doivent habiter sous le même toit...
y> Comme Marie il faut se tenir assis aux pieds du Sauveur et écouter sa parole. Et en même temps, ou ensuite, comme Marthe, s'occuper activement de tous les soins divers qui incombent.
» Ces deux vies vont merveilleusement ensemble; l'une soutient l'autre; la vie contemplative devient l'àme, la force, la lumière de la vie active...
» Non, il ne faut pas trop déprécier la vie active et dévouée, le service public et laborieux de Dieu et des âmes... Si ce service est dans l'ordre de la Providence, notre état, comme pour un supérieur, un curé, je suis persuadé qu'il y a bien des grâces attachées à l'accomplissement zélé, laborieux, de ce service; et qu'on y recueille sur son chemin bien des bonnes pensées, des inspirations de zèle.