‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 166 sur 326 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

» La vie active, outre Jes services de charité qu'elle rend à Dieu et au prochain, devient l'effusion de la vie contemplative, l'aliment de l'activité extérieure de l'àme. Elle est nécessaire à la plupart des natures, et très profitable alors, par la vertu de la vie contemplative.

» Oui, sans doute, il faut la vie intérieure, la vie d'oraison; mais l'action, le service de Dieu et du prochain au dehors, la fatigue, le dévouement, ont leur mérite.

» Il est bon de ne jamais oublier cela; autrement le courage manquerait au milieu des difficultés sans cesse renaissantes du ministère extérieur.

» 11 faut seulement que la vie intérieure munisse, console, éclaire, fortifie, dirige la vie extérieure... Marie n'écoute et n'entend rien au dehors; ni plaintes, ni murmures ; ni besoins même ; rien ne peut lui enlever la grâce qu'elle a choisie : ni douceur, ni violence... La part de Marie est la meilleure et ne doit jamais manquer...

» L'alliance des deux vies fait les hommes apostoliques. Elles étaient admirablement unies dans Xotre- Seigneur. »

Et il accumule sur ce sujet d'admirables paroles de saint Grégoire le Grand, de saint Léon et de saint Bernard : celles-ci en particulier, qu'il a tant de fois méditées : « Vu labeur insensé te consume : toutes ces occupations-là, qu'est-ce? Affliction de l'esprit, éviscération de l'àme, anéantissement delà grâce, toiles d'araignées. » Afflictio spiritus , evisceratio mentis, eracuatio gratiœ, ara- ■ne arum telœ.

Telle était donc sa pensée bien arrêtée, son but biendéterminé : jeté dans l'action, il lui faut, de toute nécessité et d'autant plus, l'union à Dieu. Toujours; mais surtout au moyen des exercices de piété.

« Que les exercices de piété, écrit-il, sont précieux! On «st toujours sur de ne les faire que pour Dieu, sans grand mélange d'amour-propre. C'est inconnu et sans gloire; nul ne le voit ni ne le sait, i

Mais la tyrannie des affaires le permet-elle? Quelle lutte pour y parvenir! Tantôt il y réussit, et il bénit Dieu; tantôt il constate qu'il n'a pas assez lutté, et il gémit, mais

sans se décourager jamais; nous pouvons suivre dans ses notes quotidiennes ce spectacle dramatique :

« 21 mars, absorbé; » « 29, médiocre; » « 10 avril, esprit intérieur bien médiocre; » « 13, assez bien; seulement je n'ai pas sauvé l'après-midi ; conversation que j'aurais dû fuir: attention forte aujourd'hui.» Voilà des défaites, voici des victoires : « 17, très bien : redoubler de rigueur aveugle et sourde; » « 28, assez bonne journée hier : avant-hier, c'avait été ma faute, j'avais ouvert ma porte; l'envahissement s'en est suivi. Tout tient à mes verrous, pendant même que je travaille: autrement, je n'avance à rien. »

C'est donc ainsi qu'il luttait, pour sauver les heures de la prière et de l'étude. Quand, décidément, il se sent entraîné, par un violent effort il s'arrête tout court : « Il y avait moyen hier de tout concilier : il faut mieux faire aujourd'hui. » Ou bien il court puiser la force à sa source : « Me confesser, tout de suite. » Et il note les résultats de ses confessions : « Ma confession d'hier : douceur, patience, compassion, joyeuseté même avec moi-même;» car s'il connaît la lutte, il ignore la défaillance. Parfois l'accablement des affaires lui arrache des plaintes comme celles-ci : « La lumière d'hier m'éclaire sur ma vie... Cette vie ne vaut rien; l'esprit et le cœur lui-même s'épuisent: l'esprit surtout se rétrécit, se dessèche, s'obscurcit par les détails. Je n'ai plus une idée grande, je me déforme; les affaires, les petites affaires, les innombrables détails, m'épuisent, me dominent, m'attristent, m'enlèvent la liberté d'esprit et de cœur, ne me laissent plus rien de large, d'élevé, d'étendu, de vif dans les pensées. C'est déplorable. Je suis devenu sans doute un administrateur; mais je m'anéantis comme écrivain, comme prêtre de foi, comme prédicateur de la foi ; mon esprit, épuisé par le détail, est comme de la lie devin, qui n'a plus ni force, ni saveur, ni délicatesse. Cela me fait perdre un temps considérable, même en affaires. Je n'ai pas l'esprit assez libre, les idées assez, lucides, pour décider vite ; je consulte, j'hésite trop. Je ne gouverne pas assez. »

Et voici, en face de ces difficultés Quotidiennes, de ces

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