‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 168 sur 326 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Les deux autres heures 'de prière seront les deux heures les plus recueillies de l'après-midi, de cinq à sept. Le reste du jour sera donné aux affaires.

« Tout tient, écrit-il, à ces quatre heures de vie intérieure, et à ces quatre heures de travail intellectuel. Il faut devenir par la grâce de Dieu immuahle à cet é rard. Les affaires elles-mêmes, qui sont le grand prétexte, y gagneront nécessairement. Je les ferai avec une bien plus grande facilité; ou plutôt Dieu lui-même les fera en moi, par moi, et quelquefois sans moi et pour moi; et toujours mieux que moi. »

De cette sorte, la vie contemplative lui paraît élever la vie active à ces hauteurs où l'âme une fois fixée ne craint pas que les détails ne Taccahlent et ne la dépriment, a Ces huit heures, écrit-il, sauveront toul, en me créant deux existences tout à fait diverses, et s'aidant l'une l'autre. Mais il y faut tenir; devenir enfin inflexible: et le Clause ostio. »

Ainsi essayait-il, envahi qu'il était par un torrent d'affaires, de résoudre le grand problème de la nécessaire union des deux vies, active et contemplative.

Après l'interruption de ses cours à la Sorbonne, son effort porte sur un autre point, parce que la lutte a changé elle-même de face. Les grands succès ont amené, pour ce professeur applaudi, une inévitable tentation qu'il faut combattre, et l'abandon forcé de sa chaire a été une déception qu'il faut savoir mettre à profit. Ce prêtre que poursuivent peut-être encore dans sa solitude le bruit flatteur des applaudissements d'une jeunesse enthousiaste, et'le dangereux ressouvenir des grands succès de la parole, livre là une lutte puissante à son àme, naturellement altière et amoureuse de la gloire pour la courber jusqu'à terre devant Dieu, et tout immoler au Maître souverain : le détachement et l'humilité, voila les deux principaux objets de ses méditations, dans sa retraite de 1844.

Grâce exquise des déceptions dans les grandes aines ! Tout pâlit à leurs yeux : Dieu seul est tout.

« J'ai quarante ans passés, écrit-il ; le déclin de la vie a

commencé pour moi. Après avoir monté, je descends. Tout m'en avertit, ma fatigue, mes infirmités. Le déclin sera probablement bien plus précipité, la descente plus rapide.

» Quoi qu'il en soit, je dois me tourner vers l'éternité, et songer à ma fin plus sérieusement, plus constamment que jamais... Je redescends la montagne : de ce côté-là, en redescendant, on voit la vie éternelle. Il ne faut jamais la perdre de vue, et se tenir prêt à s'y élancer à chaque moment.

» Il faut, avec la grâce de Dieu, nourrir dans mon cœur la pensée, la foi, l'espérance, l'amour de la vie éternelle. »

Il écrit encore :

» Tout est vain en ce monde... Il n'y a que Dieu!... Il n'y a que la volonté de Dieu qui signifie quelque chose...

» La disposition dans laquelle je dois être, c'est de me détacher sincèrement, complètement, de tout ce que je dois bientôt quitter... même du bien... même des œuvres que je tiens le plus à finir... pour lesquelles il me semble que Dieu m'a donné une petite grâce particulière...

» Et cependant de travailler, chaque jour, courageusement, à toutes mes œuvres, comme si le temps ne devait pas me manquer. »

Il insiste sur ces pensées :

ce Je ne tiens plus guère à rien, tout s'est successivement défait et brisé : les catéchismes! une grande paroisse et un vicariat ; la prédication, la Sorbonne, la célébrité... Je ne tiens qu'au Petit Séminaire, comme œuvre à finir. La force des choses m'a successivement détaché... désenchanté. La plupart des compagnies, des relations, inutiles et banales, m'ennuient. Les affaires, les grandes affaires, la parole, la direction des âmes, ou l'étude : hors de là, tout m'ennuie...

» Je ne saurais trop me le redire : Dieu n'a besoin de rien ni de personne... Les hommes qui paraissent le plus utiles à Dieu et à l'Eglise meurent chaque jour... au moment où ils allaient faire les plus grandes choses... Saint François Xavier, à quarante-cinq ans; saint Charles, à quarante-sept : que sera-ce des ouvriers vulgaires?

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