CHAPITRE XIII
» Donc, 1° me tenir toujours prêt à tout laisser, si Dieu le veut : 2° employer simplement, fidèlement mon temps à toutes mes œuvres, mais me bien souvenir que je ne suis pas auteur des choses, mais simple instrument entre les mains de Dieu :
» M'efforcer d'être un instrument docile, laborieux, fidèle dans l'action, mais ne voulant jamais que ce qu'il plaira à Dieu. »
Le détachement en effet, dans la vie chrétienne, n'est pas un but, mais un moyen ; le but, c'est d'en arriver là, à la volonté de Dieu, à l'amour souverain de Dieu :
« La volonté de Dieu, l'amour de Dieu, tout est là.
» Oh! quand donc enfin aimerai-je Dieu comme il devrait être aimé !
» Est ce que je ne suis pas prêtre? Et que'doit donc être la vie du prêtre? Saint Paul a tout dit dans ce mot : VivOjjam non ego, vivii vero in me Christus! Vivre de la vie de Jésus-Christ!
» Jésus-Christ! on devrait l'aimer; ne penser qu'à lui; ne voir que lui ; l'aimer avec passion !
» Il a dit : Je suis la vigne, vous les branches; la branche ne peut porter de fruit que si elle reste unie au cep; vous, de même, que si vous êtes unis à moi.
» Donc, ne voir que Jésus-Christ dans le monde entier ; sur la terre comme dans le ciel .
» Mes enfants, oh! sans doute je les aime! Mais n'estce pas pour Jésus-Christ, pour former en eux Jésus-Christ, pour en faire des serviteurs et des prêtres de Jésus- Christ?... »
Il écrit sur l'humilité :
« Je viens de méditer sur l'humilité avec un sentimei.t qui me console, avec une certaine joie. Il est sur que ce que je viens de lire est d'une justesse étonnante. Je ne suis rien ; moins que rien, pécheur! Je dois trouver très simple que les hommes le sachent et me traitent eu conséquence. Quand ils m'honorent, il est clair qu'ils ne songent qu'a quelques dons de Dieu qui leur ferment les veux sur le reste. L'humilité! l'humilité! Oh! quel bien-
fait, si Dieu m'en donnait quelque goût, quelque goût sincère! »
Et il médite, il savoure, il transcrit, selon sa coutume, d'incomparables textes de saint Grégoire contre l'orgueil.
Trois jours durant, nous le voyons s'arrêter sur ces pensées, et mater ainsi sa fière nature. Et de ces méditations redescendant au fond de son àme, la scrutant à cette lumière, il s'humilie devant Dieu de son immobilité apparente et de son insensible progrès dans le bien :
« Il semble bien, par la grâce de Dieu, qu'il n'y a pas, non seulement de péché mortel, mais d'habitude vénielle, avec laquelle je ne sois prêt à trancher net.
» Mais il est manifeste que, depuis trente années, j'ai reçu des grâces... innombrables... incalculables... qu'il y avait là mille fois de quoi faire un grand saint... que j'en suis à mille lieues... que je me suis soutenu à peine: que le progrès est d'un insensible extraordinaire... Cependant il me semble bien qu'il y a un petit progrès, et que cette multitude de grâces a fait quelque petite chose...; que chaque année à peu près a une petite amélioration... Mais jamais rien de plus lent ne s'est fait ; c'en est inconcevable, et très humiliant... Après tant de grâces... tant de leçons... tant de réflexions... tant de vues claires !... Quoi qu'il en soit, ne jamais me décourager ; toujours remettre la main à l'œuvre. »
Mais qui donc est arrivé d'un bond à la perfection ? Tous, tant que nous sommes, il nous en faut gravir pas à pas les sommets. Un pas chaque année, son humilité ne le voit pas, mais c'est un progrès immense ! Et comme il ne connaît point la défaillance, et qu'il continue à marcher toujours, ce sommet radieux, qu'il entrevoit, et gémit de ne pas encore atteindre, la grâce de Dieu et son courage l'en feront approcher chaque jour plus près. Et en attendant, dans cette lutte opiniâtre, que de mérites !
Mais ce regard est encore trop général ; il en arrive, comme toujours, aux précisions, aux défauts, qui sont l'obstacle positif, qu'il faut attaquer et vaincre.
«Il faut, dit-il, descendre dans ses misères, maisne pas v demeurer. Vaincre un seul défaut est toujours un grand