‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 18 sur 326 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Nous allions nous visiter les uns chez les autres ; nous nous encouragions à la piété; nous nous prêtions de bons livres. Nos parents étaient charmés de nous voir ces heureuses dispositions. Pour moi, je renonçai à tout ce qui n'était pas en harmonie avec ma première communion : toute autre amitié était devenue incompatible avec mon âme, avec mes goûts. J'allais sans cesse servir des messes à Saint-Sulpice, soit celle de mon confesseur, soit celle de quelque autre prêtre, et surtout d'un certain prêtre espagnol qui m'édifiait beaucoup par son recueillement, et son action de grâces, laquelle il faisait fort régulièrement, agenouillé dans la chapelle de Saint-Denis, près la grande sacristie.

» A la fin de Tannée, ces messieurs nous donnèrent une grande partie de campagne, à Issy, dans le parc du Séminaire. On a, depuis, encore supprimé cet usage à Saint- Sulpice,etjene puis m'empêcherde le regretter beaucoup. Un jeune séminariste, très bon, très pieux, qui a fondé depuis l'œuvre des Petits-Prisonniers, et que son zèle a épuisé avant le temps, M. Arnoul, nous y avait fait venir dès le matin. Ce charmant petit voyage nous ravit : nous jouâmes de grandes parties de barres avec ces messieurs. On comprend le bonheur que nous avions à les faire prisonniers. Puis nous eûmes un grand goùler au réfectoire. Il y avait surtout une fontaine de lait toujours jaillissante, qui nous émerveillait, et où nous puisâmes sans fin.

» Je lus si heureux de cette journée, que le jour de l'Assomption, après avoir communié le matin dans notre chère chapelle, je retournai l'après-midi à Issy. La grâce de Dieu, qui me voulait inspirer le goût de la vie sacerdotale, trouvait des auxiliaires, à leur insu même, dans tous ces jeunes ecclésiastiques, dont ces rapports presque familiers me faisaient voir de près l'amabilité parfaite et cette douce joie qui du fond de leur àme rayonnait sur leur visage.

)> Ce fut M3r Pévêque de Quimper qui nous donna le sacrement de confirmation. La cérémonie fut magnifique et renouvela pour nous le bonheur et toutes les splen-

deiirs de notre première communion. Ce jour-là, d'ailleurs, a pour moi un souvenir ineffaçable, Le soir, en sortant de l'église et descendant les marches du grand péristyle de Saint-Sulpice, dans cette magnifique procession des enfants dont je vous ai déjà parlé, M. Menjaud, le premier, me dit un mot à l'oreille, et me demanda ce que je voulais être en ce monde. Je pensais dès lors à être prêtre. Et pourtant je n'osai le lui avouer. Peut-être était-ce la crainte qu'il me trouvât trop osé d'aspirer au sacerdoce; le fait est que je lui répondis : avocat. J'y avais en effet songé un moment; mais, dès lors, je ne pensais plus qu'au sacerdoce.

» Et voici comment la chose était venue et se lit. Au catéchisme, j'étais auprès de Henri Beaussier et d'Adolphe Bernaut. Leur sagesse me touchait depuis longtemps; c'étaient peut-être les deux enfants les plus sages du catéchisme. Tout à coup, je ne les vis plus à leur place. On me dit qu'ils étaient entrés à la Petite Communauté fondée par M. Teysseire, rue du Regard. Dès lors je me décidai à les y suivre.

» Tout s'arrangea à Issy avec M. Arnoul. C'était à la fin de septemhre; le jour de mon entrée à la Petite Communauté fut fixé pour le commencement d'octobre1. »

1. Ces détails sont empruntés à la première des deux lettre* qui terminent ses Entretiens sur le catéchisme.

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