‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 172 sur 326 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

excités contre le clergé .pour que celte promesse reçût alors son exécution. Vainement Y Avenir, dès son apparition, avait-il ardemment revendiqué cette liberté ; vainement l'abbé Lacordaire et M. de Montalembert, ouvrant une école malgré les lois en vertu de la Charte, avaientils réussi à saisir un moment l'opinion de cette question, par le célèbre procès de VÉcole libre ; l'attention du public était ailleurs, absorbée tout entière par la terrible lutte du nouveau pouvoir contre l'anarchie. Mais ia question était trop grave pour ne pas reparaître. Si les collèges de l'Université n'étaient pas précisément, comme Pavait dit La Mennais, « des séminaires d'athéisme, i il est incontestable que, par le malheur des temps, par la constitution même de l'Université, et quoiqu'elle renfermât dans son sein d'excellents chrétiens, le résultat trop général de l'enseignement universitaire était la ruine des croyances. Il y allait donc de l'avenir religieux des jeunes générations; c'était pour le clergé et les catholiques une question suprême ; et toutefois, une face seulement d'une question plus vaste encore, la liberté de l'Eglise. Mais, écrasés après 1830 sous le poids d'une injuste impopularité, ils ne pouvaient qu'attendre en silence des temps meilleurs. Ces temps ne devaient pas tarder à venir. Bientôt, sous l'influence de causes diverses, il se fit, dans la jeunesse et dans le pays tout entier, un réveil religieux, dont les Conférences de Saint-Vincentde-Paul, les Conférences de Notre-Dame, l'affluence inaccoutumée des populations dans les églises, étaient autant d'heureux symptômes. Aussi, dès 1833, une loi célèbre, proposé par M.Guizot, organisait-elle la liberté de l'enseignement primaire, malheureusement, il faut le dire, sans faire à l'Eglise dans cette importante loi la part suffisante.

Les catholiques attendirent plus longtemps la liberté de l'enseignement secondaire. Quatre fois sous la monarchie de Juillet, en 1836, 1841, 1844 et 1847, elle fut soumise à la discussion des pouvoirs législatifs, et toujours en vain. Chose étrange ! une liberté, conséquence si évidente de notre droit nouveau, et inscrite formellement dans la

Constitution même du pays, il fallut de longues années de luttes, et une révolution, pour la faire entrer dans nos lois, tant les préjugés ont d'empire, tant l'esprit voltairien que la révolution de 1830 avait déchaîné sur la France dominait déplorablement un pouvoir, qui pourtant ne méconnaissait pas l'importance sociale de la religion.

Le projet de loi de 1836, tout incomplet qu'il était, posait du moins le principe de la liberté, et eût pu alors satisfaire les catholiques, si un amendement introduit dans la loi par peur de l'Église, et qui refusait aux congrégations religieuses le bénéfice de la liberté, n'eût vicié cette loi, radicalement. Le projet fut retiré; mais la discussion de 1837, à laquelle il avait donné lieu, avait été mémorable ; d'importantes déclarations avaient été faites par les voix les plus autorisées; par le ministre qui avait présenté la loi, M. Guizot, par le rapporteur, M, Saint- Marc Girardin ; par des libéraux universitaires, tels que le fondateur du Globe, M. Dubois.

Quatre années s'écoulèrent, et ce ne fut qu'en 1841 que de nouveau la question se posa et s'imposa ; mais le projet de loi présenté par M. Guizot, revenu au pouvoir le 29 octobre 1840, et sous l'influence universitaire de M. Yillemain, fut une déception amère pour les évêques qui attendaient toujours avec une patiente longanimité l'initiative du pouvoir. La liberté d'enseignement était absente du projet : bien plus, les Petits Séminaires euxmêmes étaient placés sous la tutelle de l'Université. Cinquante-six évêques firent entendre de publiques réclamations. Le projet ne fut même pas discuté ; mais il était devenu dès lors évident que la liberté ne serait emportée que de haute lutte ; et déjà avait pris séance àlaChambre des Pairs, et grandissait chaque jour dans l'opinion, l'homme qui devait le plus faire pour mener les catholiques à ce grand combat, le jeune comte de Montalembert. Un rôle admirable allait commencer pour lui : échappé aux étreintes de La Mennais, tout glorieux de sa soumission à l'Église, et de sa Sainte Elisabeth de Hongrie, qui inaugura l'hagiographie contemporaine, en possession,

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