CHAPITRE XIV
enfin, depuis 1835, de Ja tribune, malgré son isolement à la haute Chambre, où dominait encore l'esprit du dixhuitième siècle, et maigre la formidable impopularité qu'il lui fallait alors braver, il s'était posé en champion intrépide et éloquent de la cause catholique. Le projet de 1841 lui fut un signal pour saisir de nouveau d'une main vaillante le drapeau de la liberté d'enseignement : dans ses discours du 4 mars et du 6 juin 1842, il poussait à la tribune le cri de guerre, et animait les catholiques. Depuis longtemps ils avaient l'habitude de compter sur tout, excepté sur eux-mêmes. « La liberté, disait M. de Montalembert, ne se reçoit pas, elle se conquiert. »
La lutte allait se poursuivre sous une double face. D'abord les résultats de l'enseignement universitaire furent dénoncés, et les pères de famille avertis et réveillés. Le vieil évêque de Chartres surtout, Mis* Clausel de Montais, se distingua dans cette polémique. Ses lettres contre l'Université se succédaient, véhémentes, enflammées, malgré son âge. De virulents écrits paraissaient chaque jour contre elle. C'était la première face du combat. Cette polémique était nécessaire, mais non pas sans inconvénients. « Elle semblait aboutir à une accusation d'indignité portée par le clergé contre l'Université. On blessait et on soulevait ainsi un puissant et redoutable esprit de corps. La lutte risquait de s'irriter et de se rapetisser dans les querelles de personnes. Les polémistes subalternes, une fois lancés dans cette voie, devaient être tentés d'accuser un peu à tort et à travers 4. » Il y avait une autre manière d'attaquer le monopole : c'était celle de M. de Montalembert. M. de Montalembert s'attachait surtout à amener les catholiques sur le seul terrain politique où, selon lui, ils étaient surs de gagner des alliés malgré les passions voltairiennes du temps, et enfin de vaincre : le terrain des libertés publiques ; tous ses efforts tendirent à organiser les catholiques pour l'action publique, et à leur faire réclamer la liberté au nom même de la liberté : puisque en fait la liberté était l'esprit du temps et le droit