‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 178 sur 326 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

bonheur pour M. de Montalembert que de tels alliés! Chose merveilleuse, et qui prouve à quel point les enfants de l'Église catholique peuvent se mouvoir librement dans son sein : l'abbé Dupauloup, le P. de Ravignan, et le comte de Montalembert, d'une part; de l'autre le P. Lacordaire et le même comte de Montalembert, — M. de Falloux n'a pas paru encore, — quels contrastes ! L'abbé Dupanloup et le P. de Ravignan, c'est-à-dire l'esprit sacerdotal, attaché aux traditions, mais ouvert aux choses modernes : combien ce contact était utile à l'ancien ami de La Mennais ! Le P. Lacordaire, c'est-à-dire, par-dessous le prêtre et le religieux, l'esprit de la bourgeoisie chrétienne et libérale, quelle étonnante mais féconde alliance avec la fierté aristocratique de ce jeune Français, qu'on prendrait pour un lord anglais au service du catholicisme! La liberté de l'Eglise, et dans un sens plus large les libertés publiques, le droit constitutionnel, tel est le terrain commun où ils se rencontrent, s'attempèrent , s'harmonisent , tout en gardant chacun son attrayante ou vénérable, mais toujours originale physionomie !

Au mois d'octobre 184:2, et lorque sa présence sur le champ de bataille paraissait si nécessaire, le jeune pair de France avait dû partir pour Madère, où la santé de Mrae de Montalembert l'obligea de passer près de deux ans ; mais au mois de juin et de juillet 1843, il avait fait à Paris de rapides apparitions, et n'avait pas trouvé l'archevêque dans des dispositions aussi belliqueuses qu'il eut souhaité. Non certes, nous le répétons, que Msi AflVe manquât de courage pour défendre Les intérêts de l'Église, mais il croyait plus sage d'agir par là voie des réclamations secrètes. C'est ce qu'il venait d'expliquer dans une note confidentielle, communiquée à tous les évèques de France. « On ne pense pas, disait la note, qu'il soit à propos de publier aucune critique de l'Université par la voie des mandements ou même de la presse. On croit que des lettres, dans le sens de ces observations, seraient le seul moyen à employer, du moins en commençant, peut-être toujours. » M. de Montalembert pensait au contraire que la patience de l'épiscopat avait été assez longanime, que

la liberté d'enseignement ne serait conquise sur les préjugés du temps que de haute lutte, que le moment était venu pour les catholiques d'aller en avant et de peser suite pouvoir de tout le poids de l'opinion. L'abbé Dupanloup était pleinement dans ces pensées, et ses encouragements étaient précieux à M. de Montalembert. Aussi, dès qu'il arrive à Paris, c'est l'abbé Dupanloup surtout qu'il éprouve le besoin de voir, c'est l'abbé Dupanloup qu'il consulte, et qui, plus résolu que l'Archevêque, l'engage à publier l'écrit qu'il méditait, c Monsieur l'abbé, lui écrivait-il le 28 juin 1843, dès demain, jeudi, je repars pour la Bourgogne, et je ne serai de retour que du 4 au 5 juillet : j'irai alors vous voir et vous demander si vous persévérez dans le conseil que vous m'avez donné il y a dix jours. Je vous avoue que, vu le silence gardé par l'épiscopat, je tremble à me lancer tout seul de nouveau dans la mêlée. » Au mois d'octobre suivant arrivait de Madère la fameuse brochure Bu devoir des catholiques dans la question de la liberté d'enseignement. Cri de guerre incomparable qui fut le prélude de la mémorable campagne de 1844-, où parut enfin l'abbé Dupanloup, et « avec une supériorité, dit un témoin de ces luttes, dès le premier jour incontestée 1 j>.

Mais avant de descendre lui-même dans l'arène, il y poussa « son saint ami », le P. de Ravignan.

Indépendamment de son influence personnelle, le P. de Ravignan, par ses conférences de Notre-Dame, comme aussi le P. Lacordaire, était déjà un immense appui pour les catholiques qui réclamaient la liberté d'enseignement, et M. de Montalembert le savait bien : a C'étaient, a-t-il dit, les temps héroïques de nos luttes religieuses et libérales. C'est alors qu'on vit un dominicain et un jésuite, tous deux illustres, tous deux supérieurs à l'ombre même d'une jalouse rivalité, enseigner à la jeunesse l'art de fouler aux pieds le respect humain, et la conduire à la pratique de la foi en même temps qu'à la conquête des

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