‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 179 sur 326 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

droits civils du catholicisme. Chaque hiver le P. Lacordaire faisait à Paris sept ou huit conférences pendant les mois de décembre ou janvier, en laissant au P. de Ravignan le soin de le remplacer à Notre-Dame, et de préparer, par sa station du carême et sa retraite de la semaine sainte, ces communions pascales qui ont été depuis lors la gloire et la consolation de l'Eglise de Paris. » Mais les événements allaient imposer au P. de Ravignan un rôle plus militant.

Vivement attaquée, l'Université avait imaginé une diversion ; les jésuites la lui fournirent. Les journaux voltairiens, et surtout deux éloquents professeurs du Collège de France, MM. Micbelet et Quinet, agitèrent ce fantôme ; le romancier Eugène Sue, par son Juif-Errant, soulevait aussi les passions des masses. Les jésuites furent défendus, mais par personne mieux que par eux-mêmes. Le P. Cahours répondit à tout par son écrit Des Jésuites parun jésuite. Au milieu de ces controverses, l'abbé Dupanloup eut une idée hardie, ce fut de pousser dans la lice un homme dont le nom seul était une apologie, le P. de Ravignan, et de lui faire prendre solennellement une position que les jésuites n'avaient pas prise encore ; et cela au nom des libertés constitutionnelles, et des promesses de la Charte. Un jurisconsulte éminent, M. de Vatimesnil, qui était ministre de Charles X à l'époque des Ordonnances de 1828, mais qui depuis, ayant reconnu la faute faite alors, s'était mis noblement au service de la liberté religieuse, joignit ses instances aux siennes. Le P. de Ravignan hésitait ; pour le déterminer, l'abbé Dupanloup alla le trouver à Saint-Àcheul, lui apportant une page écrite dans un moment d'inspiration et qui contenait l'exorde et toute l'idée de l'écrit : « C'est ainsi, nous disait-il, en nous racontant ce détail, qu'il faut faire quand on veut décider les hommes. » Le P. de Ravignan n'hésita plus et se mit tout de suite à l'œuvre : deux mois après, le 25 janvier 1844, paraissait cet écrit d'airain intitulé : De V existence et de X institut des jésuites, qui fut un événement dans la polémique : il appartient a l'historien de l'abbé Dupanloup de constater que cette intervention

inattendue du P. de Ravignan dans la lutte, c'est lui qui en eut l'inspiration; bien plus, que cette première page si éloquente : « La prudence a ses lois ; elle a ses bornes, )) etc., c'est lui qui Ta écrite, et que cette n'ère déclaration : « Je suis jésuite, » c'est lui qui Ta suggérée. Cependant, poussé par le mouvement d'opinion qu'on était parvenu à créer, le gouvernement, le 2 février 1844, présenta un nouveau projet de loi, mais qui, trop marqué encore de l'empreinte universitaire de M. Villemain, refusait toujours la liberté. Les petits séminaires n'étaient pas atteints, comme dans le projet de 1841, mais le monopole y devenait plus absorbant que jamais ; entre autres entraves à la liberté, la nécessité du certificat d'études était maintenue, et la déclaration de n'appartenir à aucune congrégation non établie légalement, exigée. Les ennemis de ia liberté d'enseignement furent ravis, et félicitèrent les ministres. « Soyez implacables », leur criait le représentant le plus âpre des préjugés gallicans et parlementaires, M. Dupin, qui ne comprenait pas mieux, en 1844, la liberté religieuse qu'il ne devait, après 1851, comprendre la liberté politique. Mais de nouveau les évêques, avec une unanimité admirable, tirent entendre les réclamations les plus fermes. L'abbé Dupanloup se trouva comme entraîné dans la polémique par le rapporteur lui-même du projet de loi, M. le duc de Broglie. En effet, sans partager contre l'Eglise tous les étroits et aveugles préjugés qui animaient M. Dupin, le noble duc n'en avait pas moins traité de haut et dédaigneusement, dans son rapport, l'enseignement des Petits Séminaires. Il appartenait à l'abbé Dupanloup plus qu'à tout autre de répondre : M«r AtTre le comprit, et autorisa le Supérieur de son Petit Séminaire à écrire. Deux Lettres à M. le duc de Bro'jlie. signées de l'abbé Dupanloup, parurent donc à de très courts intervalles, avant la discussion, à la Chambre des pairs, et obtinrent un succès considérable. L'une traitait de la situation intellectuelle et religieuse du clergé, l'autre des Petits Séminaires. Du premier coup, l'abbé Dupanloup se révélait polémiste éminent. L'argumentation était pressante, les raisons fortes, de

Page 1