‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 182 sur 326 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

qui peut ressembler à uiie menace! Mais nous avons dans notre histoire, même la plus moderne, des faits qui peuvent faire apprécier la valeur de notre concours ou de notre éloignement.

» En 1802, le Premier Consul nous tendit la main ; nous acceptâmes volontiers son alliance : tous y gagnèrent. En 1808, l'empereur nous blessa profondément dans nos droit les plus sacrés : nous nous éloignâmes, notre désaffection devint profonde, et, malgré le silence absolu du temps, les peuples la comprirent. Nous ne fîmes rien contre lui, la Providence se chargea de prononcer.

» En 1830, nous nous sommes lus; nous avons attendu, nous ne nous sommes pas éloignés. Les funestes événements de l'année suivante ne nous firent pas même sortir de cette réserve ; nous laissâmes faire le temps, et sous son influence on ne peut nier qu'en 1837, un rapprochement notable ne se fût opéré. Mais, je ne le dissimule pas, cette bonne volonté qui pendant sept ou huit années allait au-devant de ceux qui se plaignent aujourd'hui, s'est affaiblie par la seule force de cette défiance injuste et outrageuse dont nous sommes depuis plusieurs années devenus l'objet.

» Il est bien vrai que, dans les plus hautes régions du pouvoir, là où n'arrivent guère les influences passionnées, il est bien vrai qu'auprès même de plusieurs des conseillers de la Couronne, nous n'avons pas cessé de trouver des dispositions d'équité et de bienveillance; mais hors de là, partout où pénètre la clameur de l'opinion égarée, n'est-il pas évident qu'on nous méconnaît, et que, nous méconnaissant, on tend à nous pousser dans une opposition où nous ne sommes pas... Eh bien, je le répète, quoique nous ne puissions, ni ne voulions agir en rien, ni seulement proférer un mot de menace, il y a péril à nous accoutumer à ne rien atlendre du présent, et à nous faire, las et déçus, porter nos regards vers l'avenir. Il faut bien qu'on nous laisse le dire, sans s'en étonner : à nos yeux, l'avenir le plus catholique doit être le meilleur. C'est là notre boussole et notre étoile, plus sûres, plus fermes, plus infaillibles que la boussole et l'étoile politi-

ques. L'Église n'est pas chose mobile comme les choses humaines : les tempêtes peuvent gronder autour d'elle, disperser les feuilles, briser quelques rameaux de ce grand chêne, l'ébranler même quelquefois jusque dans ses ranes, mais l'arbre éternel demeure. Il a toujours survécu à tous les orages, et les gouvernements et les peuples se sont to ujours tôt ou tard estimés heureux de retrouver son abri. »

Telles étaient ses vues historiques ; et quant à « ses fermes présages », les voici :

« Ajout erai-je que le temps me semble bien malheureusement choisi pour nous éloigner? Si au moins le présent était sans inquiétude, si l'horizon n'était chargé d'aucun nuage, si les moins prévoyants ne se sentaient point troublés en jetant leurs regards sur l'avenir, et sur un avenir très prochain peut-être! Je ne veux toucher ici qu'un des côtés de cette question redoutable, dont la solution est aux mains de Dieu : mais comment les hommes politiques ne sentent-ils pas ce qui se remue de sérieux et de sombre au cœur des masses populaires?... Mais est-ce donc quand la terre tremble sous les pas, quand les plus fermes appuis se troublent et menacent ruine, est-ce alors qu'il faut repousser ceux qui n'ont jamais fait que soutenir et conserver, ceux qui, depuis dix-huit siècles, n'ont jamais trahi l'ordre social? »

Il écrivait ces lignes quatre ans avant 1848.

C'était la première fois qu'il mettait le pied sur le terrain libéral : mais avec combien de précautions et de réserves !

« On nous a accusés de dire ce que nous n'entendions pas, et de bégayer les sons d'un idiome qui nous est étranger, lorsque nous parlons de liberté. C'est une accu sation légère et injuste. Les premiers dans le monde nous avons parlé convenablement cette noble langue...

» Les deux grandes forces de l'humanité sont : Y autorité, la liberté ; l'autorité, orce conservatrice, la liberté, force conquérante : mais toutes deux forces divines; faites toutes deux pour les plus grandes choses, à ce point

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