‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 193 sur 326 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

» Vous me rappelez les temps éloignés et les jours sereins de laRoche-Guyon. Nous étions des enfants, nous voilà des hommes, bientôt nous serons des vieillards. Ainsi passe la vie, mais Dieu ne passe pas. Voilà pourquoi il est si beau de s'occuper de lui comme vous le faites et de se préparer aux jours éternels en illuminant et en sanctifiant les jours présents.

» Alph. de Lamartine. »

D'un autre côté, de celui où il importait le plus qu'il fut approuvé, de Rome lui arrivèrent des témoignages plus considérables encore; voici ce que lui écrivit (8 juillet 1845) le général des Jésuites, le P. Roothaan ; c'est véritablement de l'enthousiasme :

« Je reçois en ce moment votre cher billet du 14 juin, où vous m'annoncez l'envoi de votre dernier ouvrage de la Pacification religieuse... Mille, mille remerciements. Hier, j'avais fini de le lire, de le dévorer. Impossible de vous dire quelles délices j'ai goûtées. Combien de fois je me suis senti poussé, forcé de vous féliciter, de vous remercier, de vous embrasser, pour ces belles pages pleines de la sagesse qu'inspire la foi. Oh! que les passions sont fortes, celles qui résistent à ces rayons du soleil de justice! Espérons, oui, qu'avec le temps les ombres seront dissipées et qu'enfin nous verrons la paix dans la justice. »

Le suprême appréciateur de la doctrine, le Souverain Pontife, parla aussi. Et loin de faire aucune réserve, Grégoire XVI combla d'éloges l'auteur de la Pacification religieuse. Dans un bref daté du 20 juillet, il loue sa religion, sa piété, son savoir, sa doctrine; et il le félicite très fort (vehementer) du zèle vraiment sacerdotal avec lequel il défend la doctrine de VEglise catholique et sa liberté l.

1. In iis quœ ex ipso degustavimus sat is multa tuae religianis, pietatù, doctrinœ atque eruditionis argumenta habuimus. Quamobrem in Catholicœ Ecclesiœ doctrina ejusque libertate tuenda studium viro ecclesiastico vere dignum vehementer in Domino commendamus. — Voy. llQr Dupanloup devant le Saint-Siège et devant l'Episcopat, petit vo-

La Pacification religieuse est assurément le plus considérable des écrits publiés par l'abbé Dupanloup dans cette grande controverse, celui qui a le plus agi sur les esprits; un écrivain catholique, M. Poujoulat, a même été jusqu'à l'appeler « l'œuvre la plus remarquable qui soit sortie de la question de la liberté d'enseignement ». Noos y reviendrons pour l'analyser en détail, et nous poursuivons notre récit.

Le vote obtenu par M. Thiers était un piège habile tendu à M.Guizot,qui se compromettait devant la Chambre s'il n'obtempérait pas, et qui se rendait odieux s'il exécutait cette proscription. Pour échapper à ce coup fourré, l'habile ministre eut la pensée d'obtenir du Pape même les mesures que les interpellations sollicitaient; et déjà, dès le '2 mars, il avait accrédité à Rome dans ce but un négociateur habile, M. Rossi. En France, les catholiques, sur le terrain où ils s'étaient placés, se croyaient sûrs de vaincre. Que de peines se donna le P. de Ravignan, et que de peines aussi l'abbé Dupanloup, à qui ses relations à Rome comme à Paris permettaient de seconder efficacement les démarches de son saint ami! M. Rossi avançait peu. La Congrégation des affaires ecclésiastiques ayant déclaré, le -20 juin, que le Pape ne pouvait sacrifier la liberté des Ordres religieux, on crut un moment la mission de ce diplomate terminée. C'est sur ces heureuses nouvelles, à l'instant même connues de lui, que l'abbé Dupanloup, comme nous le dirons, partit en vacances, avec M. l'abbé Debeauvais, pour la Belg:que. Mais le lendemain même du jour ou ['Univers annonçait l'insuccès de M. Rossi, une note, exagérée à dessein, paraissait dans le Messager et dans le Moniteur, déclarant au contraire qu'il avait atteint son but, que « les maisons des Jésuites seraient fermées, et leurs noviciats dissous». Ce fut un moment terrible. Pendant que les catholiques étaient tous

lume dans lequel M. L'abbé Chapon a eu l'heureuse idée de recueillir les nombreux brefs adressés à M;r Dupanloup par Grégoire XVI, Pie IX et Léon XIII.

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