CHAPITRE XV
mais évidemment injustes, et plus évidemment encore puériles, par conséquent sans avenir. Vous restez tous en France, moins vos novices et vos scholastiques peut-être; vous restez, préchant, confessant, dirigeant; plus aimés et pius respectés que jamais; plaints comme des victimes sacrifiées à des passions misérables; admirés, même involontairement, et loués par ceux mêmes qui ne vous aiment pas, pour votre modération et votre prudence; estimés pour voire sacrifice même par tout ce pays légal, tout ce pays gouvernemental, si important à ramener aujourd'hui. La Presse a publié sur tout ceci des choses fort remarquables: elle parle de réaction en votre faveur : je ne doute pas que celte réaction ne soit déjà commencée, et je le vois sur ma route même... »
C'était dire, comme ce capitaine : La bataille est perdue, mais nous avons le temps d'en gagner une autre. Cet échec, en effet, que la modération du gouvernement — ce qui prouva que le Pape avait bien fait — réduisit en somme à peu de chose, ne condamnait pas les catholiques à capituler. « La sortie a été faite, dit à la Chambre des pairs M. de Montalembert, et elle a réussi; mais le siège du monopole dure encore et durera longtemps... Sachez-le, rien n'est fini... Nous resterons debout, une main sur l'Evangile et l'autre sur la charte, Nous vous attendrons sur ce terrain l'année prochaine, i
Voilà donc où en sont, en 1845, les adversaires : vaincus en apparence, les catholiques ont plus que jamais l'espoir de vaincre; et l'abbé Dupanloup avait été aussi clairvoyant d'esprit que ferme de cœur en parlant au milieu de ces ardents débats de pacification et de concorde. La beauté et la force de l'attitude qu'il prenait dans ce livre, c'est qu'il y faisait excellemment la guerre en même temps qu'il offrait sincèrement la paix. Son vaste plan embrassant les divers aspects de la question, il répondait à tout avec la logique d'un clair et puissant bon sens; puis, s'élevant comme toujours du champ tumultueux de la polémique aux considérations les plus graves, aux vérités immuables engagées dans le débat, il pla-
nait avec sérénité et grandeur sur les hauteurs de la question.
Voici avec quelle gravité il entrait en matière :
c Ce livre, disait-il, est une invitation faite à la paix au nom de la justice.
» J'ai cru les circonstances favorables... Il n'y a jamais d'échec définitif pour la vérité. J'espère donc que, malgré un vote récent, trop prévu pour être un malheur, la bienveillance du public ne trouvera ni sans utilité, ni sans intérêt peut-être, un livre dans lequel sont traitées, avec un profond désir de la pacification religieuse, quelquesunes de ces grandes questions qui préoccupent aujourd'hui, en France, tous les esprits graves, et qui tiennent en suspens, qu'on ne s'y trompe point, le présent et l'avenir de notre patrie...
» Je ne viens point jeter de nouvelle cause d'irritation dans une controverse qui peut-être n'a été que trop vive : heureux si j'y puis seulement répandre quelque lumière...
» Les deux sociétés qui se partagent la terre, et dont l'union compose la société humaine, cette société spirituelle et cette société laïque; dont l'acord est nécessaire au bon ordre des affaires humaines, et qui ne se divisèrent jamais sans les troubler, ces deux sociétés ne peuvent-elles donc plus s'entendre? Les leçons du passé seront-elles perdues?...
» Quant à nous, que l'on nous connaisse bien : voici ce que nous avons appris et ce que nous sommes.
» Hommes de la société spirituelle, nous abandonnons, exclusivement et sans regrets, à la société laïque, le gouvernement des peuples, quelque forme qu'il revête. Nous ne nous renfermons pas pourtant dans cette abnégation passive. Nous venons en aide à la société laïque en lui donnant ce qu'il ne lui est pas possible de se donner à elle-même, c'est-à-dire des cames préparées aux vertus sociales, dévouées au bien de l'humanité, dignes de l'honorer, capables de la servir. Nous proclamons le pouvoi de la société laïque; nous le recommandons au respect à l'obéissance, à l'amour des hommes; nous le regardon comme l'expression extérieure de la Providence de Dieu