‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 196 sur 326 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Pour nous ses droits sont sacrés, sa gloire nous est chère, ses malheurs sont les nôtres; nous partageons toutes ses destinées, nous obéissons à ses lois; et, après Dieu. il n'est rien qui sollicite et remue plus profondément notre cœur, notre conscience, notre dévouement, que le nom et la voix de la patrie...

» Mais au-dessus des choses de ce monde, la société spirituelle réclame les âmes comme son domaine spécial, comme sa charge providentielle. Elle les forme pour la société laïque, mais elle ne s'en dépossède pas; Tune en a l'usage dans son but temporel, l'autre la responsabilité dans son but éternel. Ces deux sociétés, en un mot, parallèles plutôt que rivales, sont faites pour vivre ensemble sans se confondre : le problème ne peut se résoudre que par leur indépendance réciproque, c'est-à-dire par la liberté : la liberté, c'est la paix!

» La paix ! je répète à dessein ce mot : c'est le vœu de notre cœur. La paix ! personne ne la désire plus que nous. Non, certes, que nous redoutions jamais les chances de la guerre : il y a dix-huit cents ans que nous la soutenons avec courage; quelquefois éprouvés, jamais vaincus; perdant quelquefois des soldats, jamais des batailles ; et, à quelque prix que nous achetions la victoire, assurés qu'elle ne nous manquera jamais. Nous préferons la paix cependant : c'est pour elle que l'Eglise a toujours combattu, parce que la paix, même en ce monde, est le but de l'Evangile, et surtout le bien des hommes. Voilà pourquoi nous n'avons pas honte de demander la paix, alors même que nous sommes injustement attaqués.

» Mais la paix que nous voulons, c'est la paix dans la liberté, la paix dans la justice; toute autre paix serait le sacrifice des droits de la vérité ; ce serait la honte. Noos pouvons, nous devons être humbles ; nous ne pouvons, nous ne devons jamais être vils. On peut nous haïr; nous ne voulons pas qu'on puisse nous mépriser. Si donc l'on nous offre une paix servile... nous n'en voulons pas !... C'est la guerre dont on nous impose malgré nous l'obligation. On veut nous faire grâce, et nous demandons justice ; nous la demandons à notre manière, la charité dans

le cœur, la raison sur les lèvres, l'Évangile et la Charte à la main. *

Tel était le péristyle qu'il donnait à son œuvre.

Venait ensuite un exposé des faits et un historique de la question absolument péremptoires. L'abbé Dupanloup démontrait sans réplique possible l'insuffisance des projets de loi jusqu'ici présentés, et les progrès de la question dans le bon sens du pays.

La discussion de principe n'était pas moins triomphante : manifestement les catholiques avaient pour eux le droit, les libertés, les institutions modernes, la constitution elle-même.

Mais on leur opposait des faits, et deux ordres de faits : les excès de leurs revendications et de leur polémique, et les défectuosités de leur propre enseignement. Aux objections du promier ordre, il répondait en établissant les points suivants : « 1° Le clergé n'a demandé que des libertés légitimes ; il n'a demandé ni liberté illimitée, ni monopole, ni privilège ; il n'a refusé aucune des conditions légitimes de la liberté. Que l'Université, disait-il, demeure l'Université de l'Etat;... mais que la promesse de la Charte soit enfin exécutée, que la liberté soit donnée. 2° Le clergé n'a pas calomnié l'Université ; » et ici, par un procédé de polémique assurément fort habile, puisqu'il n'y avait pas moyen ni de le récuser, ni d'y contredire, ni de s'en irriter, il accablait l'Université et le monopole par leurs propres défenseurs, dans des citations écrasantes.

La discussion des reproches adressés au clergé et des préjugés voltairiens du temps, n'est pas moins victorieuse, h' éducation nationale dont on le déclarait incapable, Vesprit de la révolution dont on le disait l'irréconciliable adversaire, c'est à quoi tout se réduisait. L'éducation nationale, l'esprit de la révolution, ces mots « indéfinis, et même, par la diversité des idées et des faits qu'ils représentent, indéfinissables, et par là aussi d'un eftét plus infaillible et plus sûr auprès de la multitude des esprits prévenus et irréfléchis, » l'indignaient. « Je l'avoue, disait-il, il n'y a pas de tyrannie qui me blesse

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