‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 198 sur 326 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

l'Épiscopat â. Il parle d'institutions, c'est-à-dire de faits, et non de principes absolus ; il parle de la liberté promise par la Charte, non d'un dogme ; il parle du plus ou moins de liberté à donner à un peuple, et, à l'heure convenable, etc.: ce qui montre bien qu'il parle dans un sens relatif; il distingue entre les révolutions violentes et les révolutions pacifiques ; entre les excès et les erreurs de la Révolution et ses légitimes conquêtes ; entre les libertés abusives et les libertés sages, honnêtes, nécessaires ;

1. Voici quelques extraits relevés dans les mandements de cette époque. — L'archevêque de Bordeaux demande « la liberté pour tous » ; le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, « la liberté comme en Belgique i ; l'archevêque de Tours, « la liberté pour tous, sans privilège comme sans exception pour personne » : l'archevêque d'Albi, « la liberté d'enseignement franche et entière » : L'évêque du Mans, « la liberté non seulement pour nous, mais pour tout le monde », etc. M9r Parisis publiait un Cas de conscience sous ce titre : Accord de la doctrine catholique arec la forme des gouvernements modernes.

Quant à la presse, voici comme parlait V Univers :

« Il y a une liberté de conscience, celle que proclame la Charte, que les catholiques ne cesseront de réclamer pour leurs adversaires comme pour eux-mêmes...

» La liberté des cultes est chose sacrée pour nous, et si nous la revendiquons en notre faveur, nous la voulons, au même titre et en vertu de la même Charte, pour toutes les sectes dissidentes...

» Plus de chaînes pour les croyances! plus de verrous sur les doctrines! plus de bourreaux contre ceux qui s'offrent aux luttes de la raison! Ne contraignons pas le doute à se précipiter dans la révolte, et la foi à s'abriter dans l'esclavage... Pratiquez et prêchez vos doctrines, mais laissez-nous prêcher librement les nôtres... Voilà comment nous entendons la liberté... La liberté pour nous, c'est de souffrir ce que nous savons être l'erreur...

» Nous voulons que nos adversaires aient la liberté de l'attaque et ei usent comme il leur plaira. Nous parlons ainsi par respect pour nos convictions...

» Il n'est pas plus entré dans notre esprit de demander au gouvernement d'interdire MM. Michelet et Quinet, que nous ne demandons à Ditu de nous ôter le libre arbitre, parce qu'il y a des méchants... Nous aimons plus la liberté que nous ne redoutons le mal qu elle peut fain. » — Ces textes, bi<m souvent cités, sont des années 1845, 1846, 1847; c'est bien encore autre chose en 1848.

Le. vérité est que si l'abbé Dupanloup parlait alors de liberté, comme tous 'es catholiques, il le faisait avec plus de réserve et de circonspection eue pas un.

et dans ses lettres au duc de Broglie, il faisait plus expressément encore, nous l'avons vu, ces restrictions.

Il se place donc dans F hypothèse, comme nous disons aujourd'hui, non dans la thèse ; il fait un argument ad hominem : mais il le fait sérieux et sincère.

Le chapitre précédemment publié sur les associations religieuses reprenait naturellement sa place dans ce travail.

Et de même que ces quatre chapitres de discussion étaient précédés d'une belle Introduction philosophique qui leur servait comme de portique, ils étaient suivis d'une conclusion de même nature qui en était comme le couronnement. La controverse terminée, le langage tout à coup se calme et reprend une sereine élévation. Longtemps encore après, les pages de cette Conclusion ravissaient M. de Montalembert qui, après les avoir relues, lui écrivait : € C'est peut-être ce que vous avez écrit de plus beau». «Quand et comment cela finira-t-il ? » telle est la question qu'il se pose en terminant; et alors il philosophe sur ces trois grandes et mystérieuses puissances, « le temps, le hasard, l'opinion ». Bornons-nous à citer quelque chose de ce qu'il dit sur le temps :

« Un homme que plusieurs voix ont proclamé l'oracle de la politique, et dont l'autorité est demeurée grande en fait de prudence humaine, a dit : En toute chose il faut toujours se ménager pour allié le grand ennemi de l'homme, le temps...

» Eh bien ! le temps est notre allié naturel dans la grande cause de la liberté de renseignement et des libertés religieuses... Et si l'on en veut savoir la raison, c'est que le temps est l'allié providentiel du droit, de la justice et du bon sens, et les fait triompher à la longue...

» Mais pourquoi donc le temps, qui est le grand ennend de l'homme, qui lui manque toujours, qui lui échappe, le temps qui semble être au service de l'homme, nuis qui ne le sert jamais qu'en maître, en maître avare, injuste, capricieux, trompeur, le temps qui le ronge, \\i\ le diminue, qui le détruit, qui le dévore :

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