CHAPITRE XVI
L'abbé Dupanloup Supérieur de Saint->'icolas
(suite)
Vacances de 1845
Grand voyage en Belgique, en Allemagne, en Suisse et dans la haute Italie
L'abbé Dupanloup quitte le Petit Séminaire
Après la publication de la Pacification religieuse, se trouvant au dernier degré de la fatigue, l'abbé Dupanloup, nous l'avons dit, avait songé à demander, pendant ses vacances, le relèvement de ses forces à un voyage, le plus grandement et artistement conçu de tous ceux qu'il avait encore faits; il avait eu la pensée de visiter successivement la Belgique, l'Allemagne, la Suisse et la haute Italie. Il faut bien, de temps en temps au moins, que nous le suivions dans ces excursions, si nécessaires à sa santé, si salutaires à son àme, sous peine de laisser dans l'ombre un trait caractéristique de sa physionomie.
Les jésuites de Brugelette lui firent la plus aimable réception : quant à lui, ce qu'ils avaient accompli là en dix ans lui parut « merveilleux ». Il y avait dans ce collège, soit en philosophie, car on ne faisait pas la philosophie à Saint-Nicolas, soit dans d'autres classes, un assez grand nombre de ses élèves. Pour tous, pour ceux-là surtout sa présence fut une fête. Il ne l'oublia pas. A son retour, au commencement de l'année scolaire suivante, comme le P. de Ravignan prêchait à Brugelette la retraite de la Toussaint, au banquet qui lui fut offert le jour de cette fête, tout à coup le P. Recteur donne un signal : on écoute; le père tenait à la main une lettre ; c'était une lettre de l'abbé Dupanloup dans laquelle il remerciait le collège, et envoyait à chacun de ses élèves de Brugelette un petit sou-
venir. Cris de joie des élèves. « Ces souvenirs du défenseur de vos Pères, ajoute le P. Recteur, ce n'est pas moi qui vous les distribuerai ; je pense qu'il vous sera plus agréable de les recevoir de la main de quelqu'un qui esf un autre lui-même, notre cher P. de Ravignan. i> Un toast enthousiaste, porté à la fois au défenseur de leurs Pères et à Vautre lui-même fut la réponse de ces jeunes gens. Xous avons sous les yeux, signée de plus de trente noms, une lettre charmante où ces scènes aimables sont racontées.
Partout, du reste, où il allait, il avait le plaisir de trouver la Pacification religieuse; partout aussi de ses anciens enfants du catéchisme : i La douceur et la vivacité de ces souvenirs, a-t-il écrit, est extraordinaire.» 11 visita successivement Mons, Ostende, Bruxelles, Gand, Anvers, Matines, Louvain, attentif à tous les souvenirs de l'histoire, et surtout aux merveilles de l'art religieux. On le surprend à Aix-la-Chapelle tout saisi des souvenirs de Charlemagne : «Grand homme; colossal de toute façon... Et que de grandes choses à Aix-la-Chapelle ! Que de conciles, que de lois, que de capitulaires qui ont gouverné le monde î Aix-la-Chapelle et Charlemagne : tout l'univers, l'Orient et l'Occident, ont les yeux fixés sur cet homme et sur ce lieu. » Après Aix-la-Chapelle, il visita tour a tour Cologne, Coblentz, Bonn, Mayence; la navigation sur le Rhin, les bords du Rhin le ravissaient... «• Celait, dit-il, une admiration inépuisable... » D'autres joies plus intimes, plus douces, l'attendaient chez la noble famille de Dalberg, à Hernsheim. Il écrivait de là à sa mère :
<«; Je vous écris ces mots de chez M,ne la duchesse de Dalberg, où je me repose un peu. Je trouve là une bonté, des soins, des délicatesses infinies, et beaucoup de monde de ma connaissance. C'est la société la plus pieuse et la plus aimable. Sur toute la route, du reste, nous avons été fort accueillis, et j'espère que ce voyage me reposera de tous mes grands travaux et me préparera à combattre encore pour notre sainte cause. »
Puis, reprenant sa route, il voyait rapidement Spire, Heidelberg, la ville universitaire, Carisruhe, Baden, Stras-