‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 202 sur 326 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

bourg et sa superbe cathédrale, a Toute la Belgique, s'écrie-t-il, est éclipsée. » Mais la Suisse surpassait tout : ces aspects si grandioses le mettaient ce comme face à face avec Dieu même. » Malheureusement, tout ce pays était travaillé par le radicalisme impie ; la guerre civile se préparait ; la haine stupide des jésuites affolait les têtes ; les journaux étaient odieux et insensés contre l'Eglise ; c'était, pour ce prêtre dévoré de l'amour de l'Eglise, une diversion cruelle au pur et saint enthousiasme qui lui venait du spectacle des grandes œuvres de Dieu, c Ah ! écrivaitil, la barbarie de la civilisation, la civilisation impie, est effroyable!... Des conservateurs, M. Thiers, M. Dupin, avoir dit des corps francs ce qu'ils ont dit!... Il n'y a qu'une voix en Europe pour dire : Elevez l'éducation ! l'instruction, primaire, secondaire, supérieure !... Il faut se dévouer à la propagation des vraies lumières pour dissiper la barbarie nouvelle. Il faut s'élever très haut. C'est plus difficile à vaincre que l'ignorance barbare... La liberté de la presse en ce pays, et partout ailleurs, est au profit de l'erreur, du mensonge, accrédite les fables stupides. Le moyen âge avait-il rien de plus grossier, de plus superstitieux? Le moyen âge embellisait parfois la vertu de traits fabuleux, de légendes merveilleuses ; la presse aujourd'hui noircit, déshonore la vertu la plus pure, célèbre le crime; le moyen âge a vu le brigandage, la violence matérielle ; aujourd'hui c'est le brigandage spirituel et moral, mille fois pire. Ah ! Dieu veut de grands efforts des gens de bien! Au moyen âge les chevaliers se firent redresseurs de torts, vengeurs, protecteurs : c'était la chevalerie religieuse. Il faut aujourd'hui la chevalerie intellectuelle : autrement une barbarie étrange envahit toute l'Europe. » Nous voyons là comment la presse lui apparaît maintenant, et avec quel sentiment chevaleresque il va bientôt se jeter dans ces luttes. « Chacun, ajoute-t-il, ne peut que ce qu'il peut; mais ce qu'il peut, il le doit. Il faut lancer son coup au hasard dans la mêlée : la Providence lui donne sa portée. On ne répond pas du succès. Nul ne sait la fin ni les moyens, ni les phases de cette grande lutte. »

Mais la lumière qui brillait le plus à ses yeux, à son cœur, sur ces montagnes, c'était son pèlerinage aimé, Einsiedeln : il put y entendre encore et y savourer ce Salie Regina qui lui parlait tant au cœur, passa de longues heures devant l'autel vénéré ; s'entretint doucement, paisiblement, avec l'abbé et les religieux; puis, redescendant à Schwitz, et de là, « à pied jusqu'à Brunen », il retraversait ce lac grandiose que le soleil couchant emplissait de « teintes riantes et sombres, de vapeurs resplendissantes » ; visitait Stanz, Stanstad, vénérait les restes de saint Xicolas-de-Flue, grand saint populaire dont le zèle apostolique et l'esprit pénitent le remplissaient d'admiration, et « par une route des pius pittoresques, qui monte à travers les forêts, le long d'une gorge sauvage où mugit un torrent », arrivait enfin au vieux monastère d'Engelbert, pour se donner de nouveau la joie d'y contempler la vie bénédictine; il y trouvait < une réception d'une bonté incomparable » ; de là, franchissant les Suresnes, à travers les neiges, il redescendait jusqu'à Fluelen, au bord du lac.

Infatigable, il entreprenait le lendemain l'ascension du Saint-Gothard, ne se lassant pas d'admirer « les immenses rochers nus, les ponts du diable préparatoires, les chutes bruyantes et resplendissantes de la Reuss : enfin le Pont du Diable, scène affreuse et gigantesque : deux montagnes à pic dressent leurs rochers nus jusqu'au ciel; le pont est jeté hardiment de l'une à l'autre ; la Reuss s'élance avec un fracas affreux dans l'abîme ; puis, quand on a traversé par ce tunnel, le trou d'Uri, la montagne, tout à coup c'est la délicieuse vallée de l'Urseren; Andermatt; au loin l'Hospital, avec son clocher blanc et brillant; les pâturages fleuris, la Reuss paisible » : et par-dessus le Saint-Gothard , il allait d'Andermatt à Bellinzone, « sur le versant italien, par cette route suspendue au penchant des abîmes, avançant, gravissant toujours, triomphante»; puis redescendait, « toujours en lacets, jusqu'à Airola, car déjà les noms italiens commencent; le Tessin bondit; quatre vallées fermées se succèdent; de beaux torrents se jettent dans le Tessin ; les eaux sont d'une beauté que rien ne peut

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