CHAPITRE XVI
exercice, comme on disait alors : cette perspective troublait et dérangeait les collaborateurs de l'abbé Dupanloup; plusieurs, l'abbé Debeauvais entre autres, parlaient de se retirer : l'abbé Dupanloup crut devoir exposer, respectueusement mais librement, sur tout cela ses pensées à MsrAilïe, dans un long mémoire qu'il lui soumit. La divergence d'idées était devenue trop profonde; l'abbé Dupanloup cessa d'être Supérieur de Saint-Oucolas.
Ce fut partout au dehors une douloureuse surprise : le public ne pouvait comprendre qu'au milieu des luttes pour la liberté d'enseignement, un homme comme l'abbé Dupanloup ou abandonnât volontairement, ou fut forcé d'abandonner une maison dont il était la vie et la gloire. Jamais, en effet, Saint-Xicolas n'avait été si florissant; le personnel des élèves et des maîtres si nombreux, le matériel si riche1, les études si fortes, la piété si en honneur, l'esprit si excellent, les vocations si consolantes. 11 avait trouvé en y entrant une centaine d'élèves à peine, il en laissait deux cent cinquante, et encore parce que la maison n'en pouvait contenir davantage; tous les ans il s'était vu obligé d'en refuser, faute de place, un grand nombre ; il avait surtout élevé le niveau social de cette maison : au lieu d'enfants la plupart à la charge du diocèse, c'étaient maintenant ou des fils des premières familles ou des enfants pouvant suffire presque tous aux frais de leur éducation ; les boursiers avaient notablement diminué, sans que pour cela les vocations fussent devenues plus rares ou moins sincères : en huit ans d'administration, il avait fait entrer à Saint-Sulpice et fourni au diocèse de Paris plus de prêtres que ses prédécesseurs pendant trente ans 3 : preuve évidente que la pieté régnait
1. La chapelle, si pauvre quand il arriva à Saint-Nicolas, était pleine de richesses en ornements, linge, vases sacrés, procurés par lui. Le vestiaire aussi. Nous en avons entre les mains l'énumération détaillée.
2. Note manuscrite de l'abbé Dupanloup, avec les chiffres, année par année, à l'appui. — « Dans l'espace de trente-six ans, pendant lequel le diocèse avait dépensé des sommes énormes pour l'éducation des élèves destinés au sanctuaire, le Petit Séminaire de Saint-Nicolas
là, et que l'œuvre sacerdotale s'y faisait ; sans compter tant de jeunes gens qui portaient dans le monde avec courage, l'honneur de l'éducation chrétienne qu'ils lui devaient. Quant aux maîtres, en 1837, il en avait trouvé sept seulement, dont cinq prêtres et deux laïques ; il en laissait vingt-cinq, dont dix-neuf prêtres et pas un laïque. Enfin la réputation des études de Saint-Nicolas était si établie, que l'un des adversaires les plus éminents de l'éducation donnée par le clergé, M. Thiers, avait été forcé, dans le rapport dont nous avons parlé, de lui rendre un public hommage. Telle était cette maison, quand l'administration lui en fut retirée, en même temps que, quelques jours après, les pouvoirs de grand vicaire.
Dans le premier moment d'émotion, tous les professeurs, sauf un, allèrent le trouver pour lui annoncer qu'ils étaient résolus à se retirer avec lui : il les conjura de n'en rien faire, leur disant qu'il se jetterait à leurs pieds s'il le fallait. Et la première fois que, après son départ, les élèves sortirent pour la promenade, spontanément, et par un mouvement unanime, ils se détournèrent de leur route accoutumée, et traversant le quai et le pont de l'Archevêché, se présentèrent tout en larmes à sa demeure. Quant à lui, il eut la force de ne pas reparaître de toute l'année à Saint-Nicolas : seulement, le lundi de Pâques, Y alléluia de ses chers enfants retentit trop profondément dans son àme. il n'y tint plus ; et le souvenir est resté longtemps à Saint-Nicolas de la délicate allusion par laquelle, au salut du soir, l'abbé Duchesne, qui parlait aux enfants des apparitions de Notre-Seigneur ce jour-la, signala sa présence à la tribune de la petite chapelle, où tout à coup, en parlant, il l'avait aperçu.
Ecrivant, quelques jours après, à Mme la princesse Borghèse : «J'ai eu, Jui disait-il, bien des serrements de cœur depuis quinze jours, bien que tout ceci me soit personnel-
n'avait donné que cent quatre ecclésiastiques, c'est-à-dire moins de trois par an. » L'abbé Castan, Vie de W A/fre. — Et cela, non pas certes à cause de la prépondérance de l'élément laïque !