‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 207 sur 326 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

lement très heureux ; mais les regrets de mes pauvres enfants m'ont déchiré le fond de l'âme. Je tâche de regarder la Providence en face, et de marcher. »

Par une coïncidence heureuse, le lendemain même du jour où il quittait le Petit Séminaire, un rescrit du 6 novembre 1845 le nomma Protonotaire Apostolique; et quelque temps après un bref confirma cette faveur, bref dans lequel le Souverain Pontife comblait d'éloges ses ém 1nentes qualités y sa piété, sa vertu, sa. doctrine, sa prudence, son zèle pour accomplir tous les devoirs de son ministère, son attachement et son dévouement au Saint-Sièg^ \ Il recevait en même temps une autre faveur qui, dans l'état de sa santé, lui était d'un grand prix : c'était l'autorisation de se servir d'un autel portatif, comme les évèques, et dire la messe chez lui, simplement en prévenant de cette exemption l'Archevêque : c'est ce qu'il appelait dans une lettre à Mme la princesse Borghèse « le privilège de l'Emmanuel )> (Dieu avec nous); mot d'une piété touchante, qui exprimait à la fois sa joie de posséder sous son toit Notre-Seigneur pendant l'heure du sacrifice, et sa certitude de pouvoir célébrer, les jours mêmes de grande fatigue; sauf impossibilité absolue, seule excuse qu'il admettait, même en voyage.

Mais il n'eut pas à délibérer longtemps pour se refuser à des offres considérables qui lui furent faites vers le même temps et, et qui auraient pu le tenter, s'il avait eu la moindre ambition humaine. Xous avons dit quellesétaient ses liaisons avec M. le marquis de Brignole. Ce diplomate regrettait vivement la perte d'un tel sujet pour son pays, ^et plusieurs fois déjà il avait essaye, mais en vain, de l'attirer en Savoie. Quand il le vit dégagé de ses liens avec le Petit Séminaire et l'administration diocésaine, il crut

1. ... Itaque cum nobis compertum exploratumque sit te religionis laude, vitœ intejritate, doctrina, prudentia, consilio spectatum, rébus optimis instructum, suscepti ministerii partes caute integreque subeuntem, singulari fuie obsequioque. N'os atque hanc Pétri cathedram prosequi, idcirco aliquem erga te propensa? voluntatis Nostrae significationem exhibendam censuimus. Romœ die lertia mensis aprilis, etc. Gregorius XVI.

le moment favorable pour renouveler ses instances. Laissons l'abbé Dupanloup raconter lui-même cet épisode peu connu de sa vie. Voici ce qu'il en écrivait à M,ne la princesse Borghèse :

« Princesse, le roi de Sardaigne, après m'avoir souvent, depuis quelques années, fait parvenir des témoignages de grande bonté, m'a fait offrir directement, par son ambassadeur ici, des places considérables en ses Etats : évéché, archevêché et particulièrement la direction de l'instruction publique.

» Il a chargé M. de Brignole, deux fois, à Gènes d'abord, puis à Turin, de me faire ces propositions. Lorsque le siège d'Annecy fut vacant, il eut aussi l'incroyable pensée de m'en nommer évêque.

» Je n'ai pas eu besoin de beaucoup réfléchir; ma réponse a été immédiatement négative : 1° J'ai la plus extrême répugnance pour l'épiscopat, même en France, même à Versailles. 2° J'en suis plus indigne que tout autre. 3e J'ai mes liens de providence a Paris.

Du reste Ms* Affre ne tarda pas à lui rendre, sinon un ministère actif, du moins une position hiérarchique, en le nommant chanoine titulaire de \otre-Dame.

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