CHAPITRE XYII
L'abbé Dupanloup Chanoine de Notre-Dame
Le Directeur d'àmes
« Une nouvelle vie a commencé pour moi. Il n'y a plus à penser au Petit Séminaire; c'est fini. Dieu a eu ses desseins ; mais cette œuvre n'est plus la mienne. D'heureuses choses se sont accomplies là ; mais aujourd'hui, le silence la prière, le travail, l'absolu dévouement aux âmes, la parole évangélique, le zèle des grands intérêts, des intérêts généraux, voilà l'emploi des années que Dieu me donne ; voilà où est pour moi la force, la paix, la dignité de la vie, la sécurité de la conscience, la consolation, l'espérance. » Telles sont les paroles que l'abbé Dupanloup se dit à lui-même, sous l'oeil de Dieu, aussitôt qu'il put se recueillir après cette violente secousse.
Quel précieux soldat de l'Eglise il était alors, avec cette indépendance et ces loisirs que lui faisaient sa nouvelle position, ses relations immenses, son rare don de traiter avec les hommes, et cette plume devenue ainsi que sa parole une puissance ! Mme Swetchine a peint excellemment en quelques mots l'ascendant qu'il exerçait : « Il y a bien peu d'hommes parmi les intelligences supérieures qui me fassent l'impression de M. Dupanloup. Il réunit d'une manière bien rare ce qu'il va de haut et d'incisif dans la pensée avec cette ardeur de la volonté qui en fait la puissance. Ces deux forces chez lui sont en parfait équilibre, et c'est là ce qui constitue et explique l'autorité dont chacune de ses paroles est empreinte1. »
1. Lettres de Mm* Swetchine, lettre à Mme de Chelaincourt, t. II, p. 380.
D'un autre côté, un des plus ardents lutteurs de ce temps-là, l'abbé Combalot, lui écrivait :
« Lyon, 24 mars, 1846. Mon vénéré confrère, permettez-moi de vous féliciter, non pas dune rupture avec Mb* l'archevêque de Paris, mais de ce que vous avez préféré une noble indépendance à des faveurs toujours bien chères quand elles sont achetées au prix de cette liberté apostolique si rare de nos jours et sans laquelle il est impossible cependant de mettre son àme, ses talents, son cœur et sa foi au service de l'Eglise et de la vérité. Chanoine de Paris, vous tenez à la hiérarchie sacrée par un lien précieux et votre position vous permet de livrer désormais de généreux et utiles combats pour la liberté de l'Eglise, source de toutes les autres... »
Mais après le grand éclat de 1845, où en était alors cette grande question de la liberté d'enseignement? Elle était entrée dans une période de calme transitoire. La Chambre qui avait voté conformément aux interpellations de M. Thiers, touchait, en 1840, au terme de son existence, et le souffle manquait à cette législature expirante pour soulever ces grands débats. Cette sorte de trêve laissait le champ plus large encore au zèle apostolique de l'abbé Dupanloup. En attendant le moment de combattre de nouveau, il se livra plus que jamais, selon la résolution que nous lui voyons prendre tout à l'heure, aux deux ministères pour lesquels il se sentait le plus d'attrait, la direction et la prédication.
La direction : « Je me dois à ces âmes, écrit-il, il faut que je les retrouve; que je reforme Ovile meum. » Aussi bien, d'un tel ministère, quand on y a été employé au point où l'avait été l'abbé Dupanloup, on ne se défend pas; on s'y engage, bon gré mal gré, de plus en plus.
Là, en effet, tant de bien se fait dans l'ombre, sous l'œil de Dieu! La prédication est éclatante, la direction cachée ; trop souvent, en chaire, la parole frappe l'oreille et s'évanouit ; au saint tribunal elle pénètre dans les plus intimes replis des consciences ; c'est là que l'apôtre achève son œuvre. Et cette clientèle d'àmes, qui se forme autour d'un prêtre que la confiance environne, n'est