‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 209 sur 326 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

pas seulement son honneur et sa couronne , elle est aussi sa grande fécondité. Rendre les âmes à Dieu et Dieu aux âmes, c'est sublime déjà. Mais le directeur fait plus: il cultive ces âmes après les avoir purifiées et réconciliées; il les éclaire, il les console, il les soutient, il les guide, il les aide à atteindre toute la beauté que Dieu leur destine. Les âmes, leur beauté souveraine, quand elles l'ont gardée, ou que, laborieusement, elles la retrouvent : leurs périls, leurs souffrances : il y en a tant d'exposées ou de broyées ! leurs cris alors, car elles crient, elles appellent au secours, ne sont-ils pas faits pour inspirer, dans les hauteurs de Dieu, à un prêtre, digne de ce nom, ces infatigables dévouements? Voilà ce qui le fit s'attacher toute sa vie, et même au milieu de ses plus grands labeurs, à cet obscur et rude ministère, qui a tenu dans son existence une place qu'on ne sait pas assez, et où il a opéré tant de bien, dont des milliers d'âmes encore aujourd'hui pourraient rendre témoignage, mais qui ne sera jamais pleinement connu sur la terre, qui demeurera le secret de Dieu. Disons seulement que la direction fut sa grande affaire, et doit rester, même aux yeux des hommes, peut-être sa plus pure gloire.

Ce ministère demande les plus hautes qualités d'àme, d'esprit, de caractère. Il faut à un vrai directeur, avec une vertu sans tache, ceci est la base de tout, avec le zèle et le respect des âmes, sans quoi tout ne peut être que médiocre, il lui faut l'esprit de Dieu, le sens du monde divin, que seule donne la piété ; il lui faut aussi une pénétrante sagacité et une expérience consommée des choses, non seulement de la grâce, mais de la vie, pour juger les embarras des consciences, les difficultés des situations, les voies et conduites de Dieu, afin de donner d'abord la lumière. La science même ne suffit pas, car ce n'est pas assez de connaître les principes, il faut les appliquer, les combiner, et, sans les sacrifier jamais, les attempérer aux exigences des faits, aux impérieuses conditions de la réalité pratique; ce qui fait qu'un théologien qui ne serait que théologien pourrait n'être qu'un pauvre directeur. Et ce n'est pas tout; avec la lumière, il faut communiquer la force;

car après avoir vu, l'homme doit agir; et combien qui, pour agir, ont besoin d'un aiguillon ! Dans la vie chrétienne d'ailleurs, outre les préceptes, il y a les conseils, outre les devoirs, la perfection : carrière vaste, indéfinie, où l'on peut, où l'on doit avancer toujours sans trouver jamais la limite, laquelle, plus on s'en approche, plus elle recule. Et le cachet d'un vrai directeur est là, dans les progrès qu'il sait faire réaliser. Mais tout ceci demande une qualité souveraine, résultante de plusieurs autres, et qui se définit d'un mot, l'autorité. Or tout cet ensemble si rare de qualités naturelles et acquises, l'abbé Dupanloup l'avait au plus haut degré.

Sa vertu était inaltérable, de diamant, et on était absolument sur : c'était la d'abord en lui ce qui attirait, et la première base de l'extraordinaire confiance que tout jeune encore il inspira. Jamais un soupçon quelconque n'osa effleurer, même de loin, ce prêtre chargé de si bonne heure de ministères si délicats, en relations nécessaires avec la plus brillante société : jamais, ni dans sa jeunesse, ni plus tard, ni l'envie, inévitable, ni la plus âpre haine, n'ont osé soulever sur ce point une ombre même. Jamais nature plus ardente ne fut et ne parut plus définitivement domptée. Ce siècle si injuste pour le sacerdoce, put contempler en lui un prêtre ! Et sa pieté, nous le savons déjà, était à l'égal de sa vertu. Malgré l'activité prodigieuse de sa vie, grâce aux énergiques efforts que nous avons dits, il était un homme intérieur, accoutumé à rappeler, à recueillir son âme, à vivre sous l'œil de Dieu, pour Dieu, avec Dieu. Ses ,maitres dans la vie spirituelle, c'étaient les vrais maîtres : saint François de Sales, saint Vincent de Paul, sainte Thérèse, Bossuet, et surtout Fénelon, dont il lisait et relisait la Vie et les œuvres ; et par-dessus tout, les Saints Livres. Ainsi avait- il amassé, sur la vie chrétienne dans le monde, sur la vertu sacerdotale, et même sur les voies mystiques, des lumières dont la rectitude et la pénétration naturelles de son esprit et son grand sens pratique, joints à sa longue expérience dans un ministère de plus en plus étendu, savaient faire merveilleusement l'application.

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