‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 211 sur 326 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

qu'à lui, et recevoir pendant quelques minutes ses avis, ce n'était rien que d'attendre de longues heures à son confessionnal constamment assiégé : que de temps il a passé à ce service laborieux des âmes dans cette froide petite chapelle de Notre-Dame1, où il a pris peut-être, il le croyait du moins, le germe du mal dont ses yeux ont tant souffert.

Tels sont les traits généraux de la physionomie de l'abbé Dupanloup comme directeur ; mais nous les devons justifier par quelques témoignages.

Le premier que nous invoquerons sera celui d'un homme éminent, dont nous avons déjà plus d'une fois prononcé le nom, M. Mole, un des hommes les plus considérables du gouvernement de Juillet, avons-nous dit; ancien président du Conseil, esprit très politique, très influent, dans les Assemblées, et que l'abbé Dupanloup, aidé du P. de Ravignan, eut enfin le bonheur de ramener à la complète pratique chrétienne. Jusqu'où allait la confiance que M. Mole avait en lui, les extraits suivants de leur correspondance vont nous le dire :

« Je suis revenu, lui écrivait un jour M. Mole, plein de confiance et de satisfaction de mon entretien avec vous. J'ai admiré, plus que je ne saurais vous l'exprimer, votre sagesse et vos lumières dans la direction de ma fille et de ma petite-fille. »

Un peu plus tard . « Je vois approcher avec bonheur le moment de vous retrouver. Jamais votre amitié ni vos conseils ne me furent plus nécessaires. Je ne puis vous dire mon impatience de vous ouvrir mon àme et de vous faire lire dans celle de mon enfant. »

Une autre fois : « Restez à... aussi longtemps que votre présence y sera nécessaire. Mme de... a une àme que vous avez formée, et nul dans ces cruels moments ne vous remplacerait auprès d'elle. »

Mais les consolations qu'il demandait pour un autre,

1. C'était une chapelle située vis-à-vis l'entrée du chœur, du côté de l'Evangile.

un jour vint que M. Mole en eut besoin pour lui-même. Xul n'échappe à la condition humaine. On a beau être comblé: pour tous la vie devient sévère à son déclin. Quand la douleur frappe certains coups, les honneurs, le pouvoir, l'opulence, la renommée, tous les biens du dehors, qu'est-ce que tout cela? Même le bonheur qui reste est voilé, le deuil survenu jette sur tout son ombre. Mais dans ces hommes qui ont été au sommet des choses, ces politiques, ces âmes hautes, ces tiers esprits, la tendresse entrevue tout à coup, la source des larmes ouverte, inspirent je ne sais quel respect plus profond, c Mon àme et mon corps sont abattus, lui écrit alors M. Mole; vous seul et cette religion dont vous êtes un si digne ministre, me rendez un peu de force, m'apportez quelque consolation. »

Un autre jour : < II n'est point de lecture qui m'ait fait autant de bien que vos entretiens... Mais c'est trop vous parler de moi et de mes misères ; je n'avais pris la plume que pour vous remercier, et vous dire que mon cœur était rempli de la reconnaissance que je vous dois. »

Enfin, l'abbé Dupanloup étant alors évèque, et lui ayant annoncé une visite à Champlàtreux : « Vous ne sauriez vous imaginer le bien et la joie que me fera votre visite. Mon âme est triste, et j'aurai de la consolation à vous l'ouvrir. 11 y a entre vous et moi une si longue habitude de confiance sans réserve, et, permettez que je l'ajoute, de tendre amitié, que je vous appelle intérieurement et me tourne vers vous dans mes moments de détresse. » Quels dons avait donc reçus ce prêtre, pour être un si secourable et si nécessaire appui à des hommes comme celui dont nous venons d'entendre les accents émus? Et combien auraient pu parler comme M. le comte Mole!

Dès lors, peut-on être étonné de la docilité qu'il savait inspirer et obtenir? C'était une des femmes les plus éminentes de ce temps-ci par l'intelligence, Mme la duchesse de..., qui lui écrivait : c Vous connaissez le plaisir que j'ai à vous être docile ». Cette docilité, chez quelquesunes, allait, nous ne craignons pas de le dire, jusqu'à l'héroïsme.

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