‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 213 sur 326 · CHAPITRE XVIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIÏ

du catholicisme. Mais que de soins, depuis ce premier jour, jusqu'à la fin de sa vie, il eut pour elle! Parmi les personnes qui recevaient ses conseils, il y en avait une du plus grand nom aussi, et de la plus haute piété, une de ces femmes admirables qui auront passé à Paris dans ce siècle comme les anges de la vertu chrétienne ; mêlée à toutes les bonnes œuvres dont Paris est si riche : nous avons nommé Mme de Gontaut. La noble étrangère en avait ouï parler, mais ne la connaissait pas encore : un matin, se trouvant chez l'abbé Dupanloup, elle la vit entrer, non par hasard, l'abbé Dupanloup l'avait mandée : aussitôt. leur faisant faire connaissance, et les mettant pour ainsi dire dans les bras l'une de l'autre, il leur dit qu'elles devaient s'aimer et s'aider réciproquement, et par cette sainte amie, bientôt la nouvelle convertie fut initiée à toutes les merveilles inconnues pour elle de la charité catholique. Et quelles lettres aussi il lui écrivait ! attentif à tirer parti pour sa pié'é de tous les incidents de sa vie. Mais le temps n'est pas venu de lever ces voiles.

Un témoignage contemporain dune irrécusable autorité confirmera ce que nous venons de dire. Voici ce qu'écrivait Mm* Swetchine à une de ses compatriotes, devenue catholique comme elle, et qui recevait les conseils spirituels de l'abbé Dupanloup, Mme de Chelaincourt : « Ah ! chère bonne amie, remercions Dieu, ne cessons pas de le remercier de nous avoir mises dans son Eglise ! Chaque jour, chaque heure me laisse découvrir dans cotte permission-là une miséricorde nouvelle. Quand une fois on est dans la bienheureuse barque, tous les secours viennent par complément, parce qu'il est simple que ce soit aux embarcations qui ne doivent pas périr que soient donnés les bons pilotes. Cela me mène tout droit, chère amie, à M. Dupanloup. Personne ne sent et n'apprécie mieux que moi la chaleur de votre reconnaissance pour lui. Dieu a permis qu'il fut auprès de vous l'instrument de ses grâces, et c'est une vie nouvelle que vous lui devez. Je suis bien contente de la lettre qu'il vous a écrite : c'est un prodige dans sa vie occupée de pouvoir écrire, mais il

est bien simple que pour vous il en trouve le temps '. Vous êtes une exception qui se détache encore en saillie, au milieu de tout le bien qu'il fait, et vous lui êtes chère, comme le sont toujours ceux que Dieu nous a très positivement donnés. Je ne cause jamais un peu longuement avec lui sans apprécier les grâces dont vous avez été comblée. On sent en lui l'autorité qui protège, la voix qui guide et le bras qui appuie. Je n'ai jamais vu plus de sollicitude pour les âmes dont Dieu l'a chargé. On sent que la prise de possession est complète au fond de son arne à lui-même, et qu'il ne perdra aucune de celles qui lui ont été données. Si quelque chose vaut mieux que posséder soi-même une intelligence forte, étendue et pénétrante, c"est le bonheur d'en rencontrer une de cette trempe, et de se laisser conduire par elle. »

Ce serait ici le lieu, si nous pouvions nous étendre sur ce sujet, de dire quel fut aussi son apostolat Auprès de nos frères séparés. Notre siècle aura vu. dan- deux des plus grandes nations détachées de l'Eglise romaine, l'Angleterre et la Russie, un étonnant mouvement de retour à l'imite : mouvement commence en Angleterre par l'influence des prêtres français que la Révolution y jeta, continué par les recherches laborieuses d'une science sincère ; et provoqué en Russie par les défaillances et la stérilité manifeste d'une orthodoxie qui ne s'est affranchie de l'autorité nécessaire et tutélaire des Papes que pour devenir l'esclave avilie des Czar^. Quels grands noms nous pourrions citer ici ! Nombre de ces généreux convertis de l'Eglise russe formait à Paris une colonie dont l'illustre femme de qui nous citions tout à l'heure les paroles. M >wetchine, était le centre : non moins que le P. de Ravignan, l'abbé Dupanloup, par la dignité de son caractère, sa haute vertu sacerdotale, l'éclat de sa parole, son zèle et son dévouement connus, les attirait. Nous venons de voir le

I. Cotte lettre est de 1841. Alors, en effet, l'abbé Dupanloup, Supérieur du Petit Séminaire, avait dû écarter un grand nombre de ses pénitents. Mais à partir de l'époque où nous sommes jusqu'à la fin de sa vie, les Lettres qu'il dut écrire comme directeur ne se pourraient compter.

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