CHAPITRE XVIII
teurs, voilà surtout où il regardait, où il cherchait, le mot décisif à lancer, le coup vainqueur à porter, le doute, l'angoisse, la passion, la faiblesse, à illuminer, à consoler, à renverser, à entraîner. De là, des traits, qui pénétraient, et des cris, qui faisaient tressaillir. Car il mettait toute son âme dans sa parole, et pour nul autre que pour lui ne fut plus vrai le mot antique : Pectus est quod disertos facit. Le vrai foyer de son éloquence, le voilà : son âme. Et comme dans cette âme, avec ce grand don de sensibilité et d'émotion qu'il avait à un si haut degré, tout retentissait à d'étonnantes profondeurs, tout aussi en jaillissait à l'état de flamme pour ainsi dire. Impossible de rester froid devant cette âme, cette parole ; bon gré mal gré elle s'emparait de vous, et faisait passer dans votre propre âme tout ce qui l'agitait elle-même : soit ses indignations vigoureuses devant les bassesses, soit ses généreux enthousiasmes devant la vertu, soit ces attendrissements irrésistibles, qui faisaient monter si soudainement, et si souvent, à ses yeux, les belles larmes, quand il se trouvait en présence de quelqu'une des grandes choses de l'homme ou de Dieu. A ces dons naturels, qui font le grand orateur, joignez le zèle sacerdotal, l'amour passionné des âmes, Da mihi animas, comme il aimait à dire, cœtera toile tibi! l un cœur d'apôtre, et plus encore, quand il sera évèque, — comme quand il était catéchiste ou Supérieur et qu'il avait un troupeau, — un cœur de pasteur et de père, alors vous entendrez l'accent qui dominait tout. Disons enfin que, dans ce sentiment apostolique et pastoral, il allait chercher ses inspirations plus haut que lui-même : sa grande préparation était la prière. «Ainsi, dit-il, faisaient les apôtres. Et alors : Insilit in me spiritus Dei. Combien de fois n'ai-je pas éprouvé cela ! »
Tous ces dons étaient rehaussés encore par son admirable talent de dire, par son action en chaire. Elle était d'une grande beauté. Non pas palpitante et frémissante, comme celle du P. Lacordaire, ni d'une austérité de