CHAPiTRE XVIII
discours différents, et qui feront entendre comme trois notes diverses de cette riche et brillante parole.
Voici d'abord ce qu'on pourrait appeler la note douce et tendre. Il veut montrer, dans un de ses sermons sur Noël, la Beauté suprême à B.ethléhem. « Vous êtes faits, s'écrie-t-il, pour aimer. Mais qu'aimerez- vous? La Beauté suprême ! Vous ne la trouverez pas sur la terre ! » L'éloquent développement de cette pensée forme la première partie du discours. «: Eh bien, ajoute-t-il, et c'est la seconde partie, la Beauté suprême, venez la contempler à Bethléhem. » Et alors, se penchant pour ainsi dire sur cette crèche de l'Enfant-Dieu, son àme a des attendrissements et des cris d'indicible amour :
« Avez-vous vu le jour à son lever? C'est Jésus naissant : Oriens ex alto.
» Quand le soleil est à son midi, quand il répand tous ses feux, cette splendeur m'écrase ; la nature est moins belle à mes faibles yeux; il leur faut des ombres, des nuances plus délicates ; je cherche contre ses rayons un abri...
» Quand il embrase l'air de ses feux, qu'il éblouit tous les regards par l'éclat de ses rayons, il faut baisser les yeux; il faut se placer à l'ombre, et qui voudrait le regarder en face serait plongé dans les ténèbres.
» Mais au malin d'une belle journée qui commence, lorsque le soleil levant se cache un moment à l'horizon, et le dore de ses plus doux feux; lorsqu'il ne fait reluire encore à nos yeux que les riantes et paisibles clartés de l'aurore; lorsque des nuages brillants et lumineux se promènent sur l'aile des vents et embellissent l'horizon; lorsque l'astre du jour, encore caché, fait briller à travers ces nuées légères et transparentes ses plus magnifiques rayons, en mille formes variées et ravissantes, en mille nuances d'une douceur, d'une harmonie céleste, d'une richesse infinie...
» Oh ! alors, j'en puis jouir: c'est mon soleil! et parmi les plus belles choses de la nature, c'est pour moi la beauté suprême.
» C'est la beauté de Jésus naissant...
» C'est un enfant! c'est-à-dire une beauté simple, une beauté pure et naïve! une beauté sans péril, une beauté vraie! C'est la douceur, c'est l'amabilité, c'est la grâce; c'est la candeur et l'innocence !
•j» Ah ! puisque Dieu voulait dans ce profond mystère se voiler à nos yeux pour mieux toucher notre cœur, il n'était pas indigne de lui de se cacher sous les traits d'un enfant, sous les traits de cet âge dont la faiblesse, les périls, les charmes, tout attendrit, tout émeut...
» C'est un enfant ! c'est donc une aimable créature contre laquelle, qui que vous soyez, vous êtes heureusement sans défense. Avouez-le, la croix vous irrite quelquefois, vous éloigne du christianisme; mais la crèche vous réclame malgré vous et vous attire! Vous vous êtes peut-être révoltés contre Jésus crucifié; sa croix est rude à vos yeux et à vos cœurs; mais vous ne vous êtes jamais révoltés contre Jésus-Christ naissant; et viennent tomber en sa présence, au pied de cet humble berceau, vos préventions et vus haines même, si jamais vous avez eu le malheur de haïr la bonté et la beauté suprêmes !
» ... Ah! avez-vous jamais reposé avec attendrissement vos regards sur la scène de cette pauvre étable? Avez-vous jamais considéré cette Vierge céleste dont le sein virginal vient de donner au monde le fils de Dieu, beau et pur comme un rayon détaché du soleil? ce vieillard vénérable, cet enfant si auguste, sur qui viennent rayonner toutes les splendeurs des cieux parmi les ténèbres de la nuit? ces pauvres bergers si heureux qui l'adorent; cette pauvre étable à demi ruinée; cette crèche, cette paille? Puis, dans un lointain mystérieux, Bethléhem endormie dans ses affaires et ses plaisirs; et dans un lointain plus mystérieux encore, l'univers tout entier qui dort dans les ténèbres et dans les ombres de la mort, qui ignore que la lumière vient de se lever sur sa tête à l'Orient? Dans le lointain le plus divin, les cieux qui tressaillent d'allégresse, toutes les légions des anges qui descendent et qui chantent : Gloire à Dieu!... »