‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 227 sur 326 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

mier repos, après les grands labeurs de Liège, avait été Hernsheim, où il avait passé, l'année précédente, quelques jours si doux. Toutefois, le lieu sur lequel il avait compte pour s'y abriter pendant les chaleurs de juillet et d'août, c'était la belle abbaye de Haute-Combe, le Saint- Denys de la maison de Savoie. Il y arrivait en retraversant la Suisse, le 7 juillet.

M. de Montalerabert, que sa campagne électorale retenait alors dans le Doubs, n'était donc pas très loin de lui. L'abbe était extrêmement désireux d'avoir avec cet ami un entretien avant de partir pour Rome. «Vous avez, lui écrivait-il le 26 juillet, admirablement inauguré votre campagne électorale ; pourquoi ne viendriez-vous pas à Haute-Combe, où l'on me charge de vous offrir l'appartement royal, et où je serais si heureux de passer quelques jours tranquilles avec vous? Nous causerions au moins une fois sans être pressés. Et puis, cette solitude est délicieuse; les soirées et les matinées ont quelque chose d'incomparable... Venez donc; il y a tant de points que je voudrais éclaircir avec vous. Il serait d'ailleurs bien important que nous pussions nous voir avant Rome... Nous avons beaucoup parlé de vous avec le P. de Ravignan. Comme il vous aime! » M. de Montalembert put le voir en effet à Chambéry ; l'abbé Dupanloup le décida à rédiger sur la situation des choses en France un Mémoire qu'il se chargeait, lui, de porter à Rome.

On se souvient de la dette de reconnaissance qu'il avait contractée envers le roi Charles-Albert ; il était tout naturel qu'il prolitat de son voyage à Rome pour l'acquitter. Une lettre écrite de Turin à sa mère (9 septembre 1846) va nous apprendre quel accueil il en reçut :

« J'ai été comblé ici des bontés du roi et de la famille royale. Le roi m'avait fait écrire en Savoie pour savoir l'époque précise de mon arrivée, et avant même que je fusse descendu à l'hôtel à Turin, il me fixait un jour pour me voir, et m'invitait à dîner. Tous lesévéques, ministres et même grands seigneurs que j'ai vus en Savoie, m'ont témoigne les plus grands soins et pressé de rester en ce pays. Mais rien n'a égalé les bontés du roi : je l'ai vu et

j'ai pu causer avec lui pendant Irois quarts d'heure avant le dîner, seul dans son cabinet. II est impossible d'être plus doux, plus digne, plus bienveillant. Puis l'heure du dîner est venue. On m'avait placé auprès du maréchal du Piémont, ancien ministre des affaires étrangères, homme très religieux, très spirituel, qui m'avait déjà témoigné beaucoup de bonté. Après le dîner, la reine, Mrne la duchesse de Savoie, M. le duc de Gènes, sont venus successivement s'entretenir quelque temps avec moi, et avec la plus grande bienveillance. Le roi m'a reparle de nouveau et assez longuement de Paris, de la France et de Turin. Enfin je pars enchanté de l'accueil vraiment trop honorable que j'ai reçu ici. »

Ainsi s'explique le sentiment particulier qu'il conserva toujours pour le noble et infortuné Charles-Albert. Nous avons vu le vieil évêque, la dernière année de sa vie encore, pleurer au souvenir de ce prince, en visitant, près des hauteurs de la Turbie, le sanctuaire vénéré ou, incognito, le vaincu de Novare était venu s'agenouiller avant de quitter pour jamais l'Italie.

Mais en 1846, maigre tout ce qui fermentait en Italie comme en France, avait-on plus à Turin le pressentiment de Novare qu'à Paris celui du 24 lévrier? Et pourtant, deux ans encore, et ce paisible roi sera le chevaleresque aventurier qui ne craindra pas d'attaquer le colosse autrichien ; dix ans encore, et le (ils aine de ce roi, devenu l'allié de la révolution contre Pie IX, s'écriera : Attdremo al fundo! et e'est à lui que ce prêtre qui s'en va visiter Pie IX à Rome adressera de si pathétiques mais impuissantes adjurations !

Le 1:2 septembre, l'abbé Dupanloup était chez M. le marquis de Brignole, à Gênes; il partit de là pour Rome, « avec la princesse Borghèse et son fils, voyageant en poste, sans passer de nuit, et disant la messe tous les jours * ».

Rome et l'Italie étaient dans l'ivresse de leur pontife. Pie IX entreprenait en effet une œuvre magnifique :

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