‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 228 sur 326 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

comme le lui (lisait le cardinal Allieri, lors de l'inauguration de la Consulte romaine, il voulait € concilier les progrès de la civilisation du siècle avec les principes éternels de la religion catholique ; alliance admirable, qui d'un côté assure à l'Eglise une plus grande indépendance et prépare de nouveaux triomphes à la foi, de l'autre apporte aux peuples la force et le salut ». Aussi les ovations succédaient-elles aux ovations ; et bientôt l'enthousiasme débordant de Rome et de l'Italie, Pie IX devenait, selon l'expression de M. de Montalembert, « l'idole de l'Europe » ; et du haut de la tribune française, M. Thiers lui criait : « Courage, Saint-Père, courage ! » L'abbé Dupanloup arrivait à ce moment heureux où cette popularité était à son comble; aucun nuage n'apparaissait encore à l'horizon ; et les démonstrations qui saluaient de tous côtés l'aurore de ce règne, ne lui inspiraient aucun pressentiment douloureux ; du moins on n'en saisit nulle trace dans ses récits, expression d'une piété filiale heureuse et d'une espérance immense, comme celle qui traversait alors l'Europe chrétienne. Ravi par l'œuvre que le Pape essayait, et qui lui paraissait la vraie mission de l'Église dans les temps modernes, il n'en subit que plus le prestige de sa personne. « Tout ce que vous en avez entendu dire, écrit-il à M. de Montalembert, est au-dessous de ce qui est. Comme homme, c'est un être d'un charme extraordinaire. Je n'ai jamais vu plus de grandeur et plus de bontés réunies... La grâce, l'élévation, la sérénité éclatent en lui ; son sourire, son geste, charment invinciblement... On sent dans son esprit, dans sa parole, toute la vivacité, toute la délicatesse italiennes et françaises. Il y a en lui la dignité tout ensemble la plus haute et la plus bienveillante... Je n'ai pas rencontré à Rome un étranger, un romain, prévenu ou non contre lui, qui, après l'avoir vu, n'ait été subjugué, vaincu. »

Arrivé le 18 septembre à Rome, trois jours après, le 21, il avait eu son audience : grâce à la bienveillance du nouveau Pape, qui connaissait déjà de réputation l'auteur de la Pacification religieuse, et à l'intervention empressée du cardinal Lambruschini. Ce prélat, qui avait été secré-

taire d'État de Grégoire XVI et avait partagé au conclave les voix, des cardinaux avec Pie IX, avait eu autrefois de grandes boutes pour l'abbé Dupanloup : « La reconnaissance, qui ne doit point tomber avec le bienfaiteur >;, dit l'abbé Dupanloup dans la lettre où nous puisons ces détails, me conduisit d'abord chez lui ; il voulut bien m 'offrir de me précéder chez le Saint-Pere : et je trouvai en effet les voies si bien préparées que je ne puis penser à ma réception sans le plus profond attendrissement de cœur pour celui qui me la lit et même pour celui qui me la prépara. » Cette première entrevue du nouveau Pape avec son futur défenseur mérite qu'on s'y arrête ; en voici quelques détails pris dans une longue lettre écrite de Home par 1 abhe Dupanloup à M. de Montalemberl:

« ... La conversation s'engagea bientôt sur nos affaires religieuses en France. Il est impossible de se faire illusion sur sa manière d'en juger : nul mieux que lui ne sait les comprendre et n'en sait parler à la lois avec plus d'esprit et de sagesse : « Il faut, me dit-il d'abord, réclamer la liberté d'enseignement avec courage, avec fermeté. » Ces paroles furent prononcées par le Pape avec un accent très remarquable ; puis il ajouta en souriant : « et aussi avec charité » : et, de cette dernière recommandation, il me donna cette haute, et importante, et chrétienne raison : « Car, continua-t-il, quand nous combattons, nous autres, nous devons toujours combattre avec la confiance en Dieu dans notre cœur ; et la confiance en Dieu inspire toujours la charité. »

» 11 me parlait français et avec les expressions les plus élégantes et les plus jut>tes, et le ton le plus agréable. Il s'interrompait quelquefois pour me dire : « Je parle mal français: je vais vous parler italien. » Je le suppliais humblement alors de continuer à me parler français : « Le très Saint-Pere, lui disais-je, ne sait peut-être pas quel bonheur c'est pour nous de trouver notre langue sur ses lèvres ; » et il avait la bonté de continuer.

» Dans le cours de la conversation, il me parla de vous, et il m'en parla avec la plus grande estime. « M. de Montalembert, me dit-il, son nom seul est un éloge. » Puis il

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