CHAPITRE XIX
ajouta : « Je veux dire qu'il suffit de le nommer pour le louer. » Il me parla alors de vos écrits, de vos discours, de votre dévouement pour l'Église. « Depuis deux ans, me dit-il, je lis ses discours avec un très grand plaisir. »
» Ici, je ne puis m'empêcher d'insister un peu sur l'impression que me fit sa manière de juger nos affaires, les hommes qui s'en occupent, et les sentiments dans lesquels nous devons tous nous en occuper. Son jugement sur tout cela est net et précis, comme le prouvent les premières paroles si expresses qu'il m'adressa, et l'éloge qu'il me fit de vous. J'ai su depuis qu'il s'était expliqué dans le même sens et avec la même netteté avec le cardinal de Bonald : « Je ne comprends pas, lui dit-il, qu'on s'étonne que vous réclamiez la liberté de l'enseignement, puisqu'elle est dans votre constitution, et une promesse de votre Charte. Il faut bien, dit- il encore, que vous ayez la liberté, que l'Eglise ait la liberté, puisque ses adversaires l'ont ; il faut être à armes égales... »
» Du reste, mon cher ami, le sentiment qui domine à Rome, c'est l'admiration pour 1 episcopat français, et pour sa conduite dans les dernières affaires. La noblesse, la force, la modération, l'unanimité de ses réclamations lui ont fait un honneur infini...
» La conséquence finale de toutes ces observations que j'aime à vous dire, mon cher ami, c'est que nous savons désormais ce que nous avons à faire. Il est évident qu'à Rome on approuve nos réclamations en faveur de la liberté de l'enseignement ; on admire beaucoup le courage de nos évêques ; on applaudit aux défenseurs de la liberté de l'Église ; on blâme sévèrement, mais sévèrement, je dois l'avouer, les défauts de forme et de modération en toute espèce d'écrits.
» Me voilà, mon cher ami, un peu loin de ma première audience. Je la termine par ces réflexions ; mais le Pape l'avait terminée par de nouveaux encouragements à servir la cause de l'Église...
» Quelques jours après, le jour de saint Denys, la pensée me vint de solliciter la bénédiction du Saint-Père pour le diocèse de Paris et son premier pasteur. Cette
pensée qui, j'en avais la crainte, pouvait paraître une indiscrétion, fut exprimée au Pape le 8 octobre, et le lendemain même, fête de saint Benys, le Saint-Père me fit répondre qu'il me recevrait avec grand plaisir le même jour à six heures du soir...
> Il m'envoya un camérier qui vint me dire tout bas à l'oreille : « Monsieur l'abbé, le Saint-Père ne veut pas que vous attendiez : il vous fait passer avant tout le monde. » Je passai en effet, fort confus, devant tous ces prélats, aussi étonnés de ma bonne fortune que j'en étais surpris moi-même... Après m'avoir donné avec une grande effusion sa bénédiction pour Al?r l'archevêque et le clergé de Paris, après m'avoir fait observer que saint Benys, l'apôtre de la France, était parti de Rome, il voulut bien me parler de la Pacification religieuse, et me dit des paroles d'une telle bonté, que je n'oserai en redire que ce qui peut faire connaître en même temps le fond de la pensée de ce saint Pape sur nos grandes affaires : « Je désire que tous les prêtres entrent dans ces sentiments, et que tous ceux qui défendent cette cause le fassent comme vous l'avez fait, suivent la même voie que vous, la voie de la fermeté et de la conciliation.
» Je n'épargne pas, mon cher ami, comme vous voyez, ma modestie, et voilà pourquoi il faut encore qu'elle endure que je vous dise que le Pape parla de moi à un prélat, et depuis à des voyageurs français, et toujours dans la même pensée bienveillante, qui exprimait en même temps la voie du courage et de la charité où le saint Pontife demande que nous marchions. Il voulut bien même se servir de paroles qui rappelaient celles du vénérable pontife Grégoire XVI dans le bref dont il m'a honoré, studium riro ecclesiastico plane dignum. Je voudrais bien vraiment, pour mon compte, mériter tout cela...
» Ce fut alors que vous êtes revenu à sa pensée et qu'il me reparla de vous. Cette fois, il hésita un moment, ne trouvant pas, dans la langue française, ce qu'il voulait dire : il s'écria alors en italien : E an vero campione! Je traduisis ses paroles : « Oui, très Saint-Père, c'est le champion de la bonne cause. » Je lui demandai alors la