CHAPITRE XIX
permission de vous redire ces paroles : « Oh ! bien volontiers, » me dit-il ; pais, entrant dans quelques détails sur vos ouvrages, il ajouta : « On lit toujours avec plaisir tout ce qu'il dit, tout ce qu'il écrit, parce qu'il y a là toujours de l'âme... » puis, ne trouvant pas le mot français, « de la fantasia, conlinua-t-il, de l'imagination, de la chaleur ».
» Avant que je prisse congé de lui, il eut la bonté de m'encourager au zèle pour le service de l'Eglise ; et en me donnant une dernière fois sa bénédiction, avec une effusion attendrissante de bonté : « Je vous bénis, me dit-il, pour toutes vos entreprises. j> Je lui répondis avec une grande simplicité, mais avec une grande vérité, ce qui était dans mon cœur : « Très Saint-Père, cette bénédiction sera la joie et la bénédiction de ma vie entière... »
De ces entrevues avec Pie IX l'abbé Dupanloup rapportait à Paris deux forces précieuses pour les luttes qui l'attendaient : la certitude des bontés du Saint-Père envers lui, et la certitude plus fortifiante encore qu'il était en parfaite communauté d'idées et de sentiments avec le chef de l'Eglise, tant sur la nécessité de continuer la lutte, et sur le terrain où M. de Montalembert et lui la soutenaient, que sur la manière de combattre qui avait été jusqu'ici la sienne et qui devait l'être toujours. A son retour, l'abbé Dupanloup fit à son ami le grand plaisir de passer par la Roche en Brenil, afin de lui dire de vive voix tout ce qu'il n'avait pu lui écrire.
Cependant, vers la fin de 1846, les élections avaient eu lieu, et, grâce aux efforts de tous, et surtout de M. de Montalembert qui, par une éloquente brochure, Bu devoir des catholiques dans les électionsf et une série de circulaires enflammées, lancées au nom du Comité dont il était président, avait animé les catholiques, près de cent cinquante députés favorables à la liberté d'enseignement entrèrent à la Chambre : en particulier M. de Falloux, qui fit alors son apparition dans la vie politique. On pouvait prévoir que la lutte allait recommencer plus ardente : l'abbé Dupanloup, dans cette campagne, fut encore au premier rang. On attendait du successeur de M. Villemain, M. de
Salvandy, un projet de loi. L'abbé Dupanloup le réclama dans un écrit plein d'a-propos et de bon sens, qui parut dans les premiers jours de mars 1847, sous ce titre : Etat de la question, et qui était un pas de plus vers son idéal fixe, la pacification religieuse.
cr Ce n'est pas, disait-il, une loi de circonstance, c'est une loi d'avenir, ce n'est pas une loi de politique vulgaire, c'est une loi religieuse et sociale, qu'il s'agit de faire. Cette grande loi est aujourd'hui plus facile peut-être qu'on ne le pense.
» Car, au fond, nous sommes d'accord sur les principes généraux et sur les points les plus importants de la discussion : le bon sens public et la bonne foi ont singulièrement rapproché les esprits. Les choses en sont venues au point qu'il suffit peut-être aujourd'hui de s'expliquer et de s'entendre pour mettre de coté les points sur lesquels la discussion est inutile.
» Il va sans dire que, après m'avoir lu, plusieurs seront étonnés des progrès qui se sont accomplis par la marche du temps dans l'intelligence de la question, et des pas insensibles que deux années de trêve nous ont tous conduits à faire les uns vers les autres.
» Je ne m'occuperai point ici des opinions extrêmes; je n'aime a invoquer dans la polémique que la pensée sérieuse des hommes graves qui comptent dans leur parti, et dont la voix est une autorité, parce que leur modération est une force et leur parole une lumière. »
Il replaçait alors sous les yeux des adversaires les aveux considérables échappés à leur bonne foi; aveux dont, il est vrai, ils n'avaient pas encore tiré les conséquences pratiques; mais il leur montrait combien il était facile de le faire; puis, en véritable chef de guerre, en homme qui veut des résultats, circonscrivant le terrain de la lutte, pour qu'elle ne se dispersât et ne s'égarât plus, il précisait les points considérables qui lui paraissaient acquis au débat, et dont il n'y avait plus à s'occuper, et ceux sur lesquels il restait à s'entendre.
En somme, et sans prononcer contre l'Université un Delenda Cartkago assurément bien impossible, tout en