‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 232 sur 326 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

fenseurs de la liberté de l'Eglise que ceux qui adoptent son propre programme. Ce serait parquer la cause catholique dans les étroites limites d'une coterie ou d'une école, et recommencer les aberrations de M. de la Mennais, avec le génie en moins et l'expérience en plus !

» Quant à moi, j'ai la ferme résolution de ne pas reculer d'un pas dans la défense des principes que j'ai proclamés jusqu'ici, mais je tendrai toujours la main à ceux qui, sans être aussi avancés que moi, marchent avec bonne foi et avec désintéressement dans la même voie, et veulent au fond ce que je veux, la liberté et la dignité de l'Eglise.

» C'est là une disposition générale chez moi ; mais je ne le cache pas, elle a été considérablement fortifiée, en ce qui touche particulièrement à M. l'abbé Dupanloup, par la conviction où je suis des grands services qu'il a rendus et qu'il est encore appelé à rendre. Je crois fermement que depuis son intervention dans la lutte, par ses Lettres au duc de Broglie, par son livre sur la Pacification religieuse, il a considérablement augmenté la force du mouvement catholique. Il sert d'intermédiaire entre nous et nos adversaires dans l'Eglise et dans l'Etat: et comme nous ne pouvons avancer qu'à la condition de diminuer le nombre de ces adversaires, en les éclairant, en les convertissant, je suis porté à croire que son rôle, son attitude, importent au plus haut point à la bonne conduite des affaires catholiques...

» S'il faut en juger par tout ce que j'ai pu recueillir depuis huit jours que le dernier écrit de M. Dupanloup a paru, l'effet produit par cet écrit a été excellent...

» Pardonnez-moi, Monseigneur, l'excessive longueur de cette épître. L'importance du sujet devra me servir d'excuse. »

Quelques jours après, le jour de Pâques 1847, M. de Montalembert, au sortir de la belle communion des hommes fondée à .Notre-Dame par le P. de Ravignan, écrivait à son ami : <i Sachez bien que, quoi qu'on dise, je me sens de plus en plus heureux et fort de mon rapprochement avec vous, et de l'union intime qui, j'en ai l'espoir

et la conviction, continuera à régner entre nous. Offrons cette union à Dieu en ce grand jour où nous avons pu passer en revue l'armée catholique. Elle est belle cette armée, et l'on se sent bien récompensé, et au delà, de tout ce qu'on a pu faire pour Dieu et pour l'Eglise, en présence de tant de fidèles si vaillamment enrégimentés contre le péché et contre le respect humain. »

Le projet de loi réclamé par l'abbé Dupanloup dans sa brochure ne tarda pas à paraître. Il fut déposé le 12 avril ; mais ce n'était en rien la grande loi qu'on attendait. Sans doute, dans son exposé des motifs, le ministre se montrait favorable à la liberté : il donnait au projet son véritable titre en le nommant un projet de loi sur la liberté d'enseignement en matière d'instruction secondaire; il rendait, avec loyauté, une complète justice à l'Eglise qui avait autrefois multiplié en France les écoles, les foyers de lumières; il condamnait même, comme il convenait, le monopole universitaire. Certes, c'était un grand pas en avant que la proclamation de ces vérités par le gouvernement luimême, et sur ce point l'abbé Dupanloup ne s'était pas trompé. Et d'ailleurs, on rend quelquefois les gens amis ou ennemis en les traitant comme tels. .Mais, par une contradiction déplorable, et une faiblesse étrange pour les préjugés voltairiens de l'époque, le projet de loi n'était pas d'accord avec ces aveux. Il refusait toujours la liberté. Les catholiques étaient déçus. « La lutte, écrivit M. de Montalembert, doit être reprise avec plus d'énergie que jamais. » Immédiatement l'abbé Dupanloup redescendit dans l'arène, et, moins de quinze jours après, le 25 avril, sous ce titre : Du nouveau projet de loi sur la liberté d'enseignement, il publia une critique complète du projet.

Ses premières paroles étaient une sorte de manifeste : il y dessinait avec plus de netteté que jamais son attitude dans la lutte religieuse, sa méthode polémique, qui venaient d'être si hautement incriminées.

« Les luttes, disait-il, les guerres de paroles, les discussions sont inévitables parmi les hommes : je ne dispoint assez, elles sont utiles ; elles servent la vérité et la

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