CHAPITRE XIX
font triompher. Les hommes ont besoin de s'expliquer pour s'entendre, la lumière jaillit de la discussion, et la vérité n'est jamais plus ferme, plus éclatante, plus radieuse, que quand elle sort du choc des nuages et de la contradiction.
» Mais si les discussions veulent éclairer, c'est, selon moi, à la condition de rester calmes sans faiblesses, fermes et animées sans dégéuérer en querelles irritantes...
» Pour moi, il est de mon caractère comme de mon devoir, toutes les fois que j'entre dans une discussion, de me souvenir de trois choses : que je suis homme, aue je suis chrétien, que je suis prêtre.
» Comme homme, je respecte mes adversaires, non seulement parce que je veux qu'ils me respectent aussi, mais parce que je me respecte moi-même. Je le ferais encore lors même qu'ils ne me respecteraient point ; à mes yeux leurs torts ne justifieraient pas les miens ; et s'il n'y avait aucun moyen de les respecter, je ne discuterais plus avec eux.
» Comme chétien, je ne sépare jamais la vérité de la charité. La vérité est immuable, inflexible, mais dise qui voudra qu'elle est implacable1. Je pense autrement. Pour moi, la vérité et la charité sont sœurs.
» La charité toutefois n'est pas faiblesse ! elle n'empêche ni la force, ni au besoin la magnanimité ; au contraire c'est elle qui les inspire. Elle n'empêche ni d'élever hardiment la voix, ni d'abattre ses adversaires sous le poids de la raison, ni de lutter avec un courage indomptable. Mais elle sait attaquer les choses sans blesser les personnes et elle se garde de confondre le langage de la raison avec cette véhémence emportée qui n'éclaire jamais,irrite toujours, et n'impose à personne.
» Comme prêtre surtout je ne puis oublier que je suis le ministre obligé de la paix : si la vérité doit éclairer les hommes, c'est la paix qui doit les réunir. Je me souviens que je suis le ministre d'une Église qui, assurément, ne