‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 24 sur 326 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

contré à la Petite Communauté, va lui être envoyé à Saint-Nicolas; et de plus, remplaçant la famille absente, lui apportant un supplément d'éducation que son futur ministère semble réclamer, d'autres amitiés vont lui faire voir de près, à lui, fils de la pauvre Savoie, la haute société française, dont il doit être un jour l'apôtre : et tout cela d'une manière à la fois si simple et si inattendue qu'il ne pourra s'empêcher d'y reconnaître, et nous avec lui, des attentions vraiment maternelles de la divine Providence.

« Courcelles et la Pmehe-Guyon, a-t-il dit, ont sauvé mon àme, ma vocation, et préparé tout mon ministère. » Ces incidents de sa jeunesse demandent que nous nous y arrêtions quelques instants.

Courcelles est un village situé non loin de Pontoise. Il y avait alors là un curé, « homme bon, simple, gai, généreux ». très ami de Saint-Nicolas, et qui rendait volontiers au supérieur le service de recevoir chez lui les élèves qu'on voulait bien lui confier. Or, pendant son année de troisième, de grandes fatigues de tète ayant obligé le jeune Félix Bupanloup, vers le mois de mai, de prendre quelque repos, le bon M. Thavenet l'établit, avec deux de ses condisciples, Fleuriot et Michel Weber, chez ce curé. Cela fut d'autant plus heureux qu'au château de Courcelles se trouvait un autre de ses condisciples, de Vialart de Moligny, qui y attirait ses professeurs et ses amis. Il fut par Michel Weber introduit dans ce château, qui appartenait à la famille de Borie; leurs cousins, les de Moligny, y habitaient également : deux familles qui n'en faisaient qu'une, bonnes, hospitalières, chrétiennes, alliant à la piété la plus solide un goût très vif pour toutes les jouissances d'esprit. « Ce furent, dit-il, mes premières relations avec des gens à la fois très bien élevés et très religieux. Je dois immensément sous ce rapport à Courcelles. Les jours que j'y ai passés à diverses époques ont été non seulement les plus heureux de ma vie, du plus doux souvenir, mais les plus intimement utiles ; c'est après quoi je soupirais sans le savoir, depuis les catéchismes de Saint-Sulpice, où j'avais trouvé tout cela dans mes caté-

chisles, avec 'amour de Dieu. Cette piété, cette distinction, cette amabilité, répondait à tous les besoins de mon âme ; comme Virgile, Racine et Fénelon. » C'était, du reste, un intérieur très gai: il y avait là plusieurs jeunes gens, les deux de Moligny, l'élève de Saint-Nicolas, et son frère Charles : Adolphe de Borie, du même âge que le jeune Félix Dupanloup, et son frère Emmanuel, plus jeune de cinq années, celui qui fut plus tard l'abbé de Borie : et puis, leurs sœurs, jeunes personnes d'une rare distinction et de la plus parfaite vertu. A peine admis dans ce château, il conquit l'affection de tous : il avait seize ans et demi ; c'est l'âge où l'adolescence a tout son charme; le sien consistait, sans parler de cette heureuse physionomie, qui tout d'abord frappait et prévenait, dans un mélange de modestie, allant presque, alors, jusqu'à la timidité, avec la vivacité la plus aimable, et dans le prestige des rares talents qu'il annonçait, joints à une piété qui, dès cette époque, ne se démentait jamais. Impossible de voir un jeune homme plus réservé, plus régulier, plus laborieux, et en même temps plus plein d'entrain, d'esprit, de douce gaieté. Il mettait tout en mouvement, et les parents de ses jeunes amis étaient charmés de leur voir un tel compagnon qui, tout en étant si utile à leurs divertissements, leur donnait tous les bons exemples. Aussi aux vacances suivantes, ce ne fut plus chez le curé, mais au château qu'il fut reçu. Les vacances sont, pour les élèves des séminaires, chose de grave conséquence, au point de vue surtout de la vocation. Où passer les siennes, lui qui n'avait à Paris que sa mère, et qui même, plus tard, ne l'eut plus, car entrée comme gouvernante d'un jeune enfant dans une famille, quand elle n'eut plus à s'occuper immédiatement de son fils, elle ne pouvait le recevoir chez elle; aussi avait-il passé jusqu'ici ses vacances à la Petite Communauté : une famille maintenant lui était ouverte, où il trouvait affection, repos, plaisir; où son âme était protégée, et son éducation, à cet âge où le jeune homme prend si facilement l'empreinte du milieu où il est, transformée par cette dignité de manières et de vie qu'il avait sous les yeux. Ainsi se forma une des amitiés

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