‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 240 sur 326 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

plorable misère de nos organes. II n'y a rien au monde de plus douloureux. Nous en causerons demain. »

Voilà donc comment et pourquoi l'abbé Dupanloup s'attacha avec toute l'ardeur qu'il mettait aux choses où il croyait voir le bien de l'Eglise, à créer un grand journal qu'il voulait appeler la Paix sociale.

Mais créer un grand journal, c'est, on peut le dire, une montagne à soulever. Ce qu'il se donna de peine pendant cette année 1847 pour réaliser ce projet est incroyable. Lettres, démarches, voyages, négociations de toute sorte, il n'épargna rien. Et surtout, selon son habitude de compter avant tout dans ses entreprises sur le secours de Dieu, il priait et faisait prier. Il éprouva bien des déboires, mais il ne lâchait pas prise. « Quant à ma grande affaire, écrivait-il à M. de Montalembert, seul remède à mes yeux du moins, j'ai été cruellement éprouvé. Je tiens bon, Dieu soutient mon courage. Priez, c'est ce qu'il va de mieux ! » Et un peu plus tard (13 juin) : « Ce n'est pas une insistance superstitieuse, mais je tiens absolument à ce que vous fassiez cette neuvaine. Il faut se faire bénir de Dieu ; autrement on n'est bon à rien. » Et de nouveau, le 6 juillet : « Mon cher ami, on refait notre neuvaine à dater de demain, fête de saint Thomas de Cantorbéry, intrépide champion des droits et des libertés de lÉglise... Il est probable que notre affaire se décidera d'ici à neuf jours, et que nous recevrons notre réponse définitive. » Il se trompait, car, quelque temps après, il écrivait de nouveau à M. de Montalembert : « Je recommence un nouvel effort, et je m'y dévoue entièrement. D'ici à quinze jours, pendant lesquels je ne cesserai pas d'agir, je saurai le résultat. Je vous préviens, afin que vous priiez tous les jours à cette intention... »

C'est au milieu de ces laborieux efforts que, dans une de ces petites recollections auxquelles, indépendamment de sa grande retraite annuelle, il était si fidèle, il écrivait, pour s'encourager, ces paroles :

« Courcelles, 6 et 7 juillet 1847 : Il faut se décider, se dévouera souffrir, à lutter toujours... Dans le christianisme, on n'a jamais rien fait sans la croix, sans souffrir...

Quedis-je? sans mourir. Quiconque ne meurt pas à la peine ne fait rien.

» On voudrait toujours arranger les choses autrement...

00 fait des plans superbes où tout réussit, où tout est beau, irrand et noble... Dieu ne nous a pas sauvés comme cela j la crèche et la croix sont autres choses.

» L'apostolat et le martyre sunt une même chose ; on ne fait surtout rien de surnaturel sans cela.

» Il faut des maux de tète, il faut des contradictions, <ies faux frères, des trahisons...

» Il faut des œuvres renversées : l'œuvre de Dieu, c tte grande œuvre méconnue, se fait au milieu de tout cela.

i II faut espérer toujours, tout soumettre à la volonté rïe Dieu, et attendre le succès, infaillible au moins dans

1 éternité. Quelquefois Dieu le donne dans le temps... i

Sur ces entrefaites, une catastrophe soudaine, l'écrasement du Sonderbundj ou ligue séparée des petits cantons i atholiques de Suisse, et l'expulsion des Jésuites par le gouvernement fédéral, vinrent apporter de nouvelles tristesses aux champions de la liberté religieuse en France. Et pas seulement à eux : M. Mole, avec qui l'abbé Dupan- ! )Up avait épanché sa douleur sur ce point, lui répondait : « lit Suisse! la Suisse! Monsieur l'abbé, vous y pleurez sur ces pauvres catholiques: moi j'y déplore encore le triomphe du radicalisme contre le droit, la justice, la véritable liberté. Et l'Europe le souffre ! C'est l'Angleterre qui pèse sur elle. Ce qui a fait sa force contre Napoléon. c'est que l'Angleterre marchait à sa tète. Rappelez-vous nos conversations ici. » De son côté, l'abbé Dupanloup, consterné, écrivait à M. de Montalembert : c Mon bon et excellent ami, on s'aime encore plus dans de pareilles douleurs. Il ne peut y en avoir de plus grandes: le cœur est percé. Cependant, ajoutait-il, il ne faut pas se décourager... Vous dire mes tristesses est impossible et inutile. Il faut fortifier son âme et marcher. J'ai beau dire : A quoi bon tant d'efforts? Quand je réussirais, que serait-ce contre tant de périls et au milieu de tant de maux? Je sens que

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