‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 241 sur 326 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

c'est un devoir de faire chacun ce qu'où peut, de donner son coup dans la mêlée, et puis le grand capitaine fera le reste. Je continue donc mon incroyable entreprise... » C'est toujours du journal qu'il parle.

« Mon bon ami, répondait M. de Montalembert, j'admire votre courage ! Quant à moi, je suis humilié et déconfit au delà de toute expression. Nous buvons le calice jusqu'à la lie, et quelle lie! Nous n'avons pas même le droit de blâmer nos frères de Suisse, car nous ne ferions pas même ce qu'ils ont fait. Proslernons-nous donc dans la poussière sous la main de Dieu qui nous humilie, et rélléchissons au sein de notre abaissement sur les causes qui l'ont amené. Je crois vous avoir dit déjà que, selon moi, la principale était la pitoyable éducation religieuse des chrétiens d'aujourd'hui. Réfléchissez sur tout cela. » « Je serais anéanti, répliqua l'abbé Dupanloup, si je ne travaillais pas. D'ailleurs, il faut travailler ou renoncer à tout. Je veux finir ma tache. Si je ne réussis pas, je me retire dans mon ministère et je ne m'occupe plus que du surnaturel. Mais avant ce parti définitif, je veux avoir fait humainement pour Dieu et son Eglise tout ce que je pourrai. » Dans ces grandes âmes retentit à des profondeurs que les natures médiocres ne soupçonnent pas le contrecoup des choses ; pour elles aussi les tentations de découragement sont inévitables, mais elles en triomphent. « Avant peu, écrit l'abbé Dupanloup à son ami, nous serons criblés si quelque chose ne réussit... Le bon Dieu veut-il par notre union faire un bien? Il y a aujourd'hui vingt-deux ans que j'ai dit la messe pour la première fois. » Oui, Dieu le voulait, mais il devait l'acheter par bien des tribulations et des luttes encore; et toutefois ces années laborieuses et douloureuses, mais fécondes, il les regrettera toujours.

Il eut du moins alors une compensation : « J'ai tant fait, écrivait-il le 1er novembre à M. de Montalembert, que définitivement le P. de Ravignan est parti pour Rome, cédant aux instances de son général. Rien n'est plus heureux. Je me hâte de vous l'annoncer. » L'état de choses à Home était, en effet, plein d'angoisses. On commençait à

voir ou tendait la conspiration des ovations. L'ingratitude et la trahison enveloppaient Pie IX. « Les nouvelles de Rome sont affreuses, » écrivait dans celte même lettre l'abbé Dupanloup. De son rote, M. de Monlalembert recevait des avis semblables: » Mon beau-frère1, qui esta Rome, me mande de fort tristes nouvelles; tout est tristesse. Croyez, mon ami, que votre amitié est pour moi une vraie consolation au milieu de mes douleurs. .» L'abbé Dupanloup pensait avec raison que la présence du P. de Ravignan auprès de son général, a Rome, ne pouvait qu'être, en de tels moments, fort utile; de là le vif désir de l'y voir envoyer, et tel fut le but principal d'un voy qu'il fit au mois de septembre, à Vais, auprès du Père, et qui fut en effet décisif.

Il ne fallut pas longtemps au P. de Ravignan pour juger l'état de choses en Italie et à Rome. Il avait traversé le Piémont, Nice, Turin et Gènes au milieu des cris de : Viva Gioberti ! Morte ai Gesuitif A Rome, tous les journaux, sauf un seul, qui restait muet, avaient célèbre la prise de Fri bourg et le triomphe des armées fédérales. « La situation est des plus graves, écrivait-il à L'abbé Dupanloup, peu de temps après son arrivée: bien entendu qu'elle est grave non seulement pour notre petite part, mais pour l'Eglise, pour son chef vénéré... Ce que vous cherchez a établir à Paris manque ici essentiellement et serait absolument nécessaire. Quatre ou cinq journaux mauvais: pas un seul, pas un seul de bon, de simplement juste. Et les gens de bien muets!... Et nul homme de tète qui puisse prendre en mains la direction des affaires... Le Pape est, dit-on, profondément triste et inquiet. »

En France, le contre-coup des affaires de Suisse se faisait sentir aussi, et les banquets réformistes en recevaient une nouvelle impulsion. < Démocrates de tous les pays, ayons notre congres! » s'écriait M. Ledru-Rollin dans un de ces banquets; et indiquant la Suisse radicale comme le lieu de ce congrès : « Tout y sera inspirateur, disait-il; et ses

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