‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 242 sur 326 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

vallons, et ses montagnes, et le souvenir de ses luttes récentes. »

Ces périls ne faisaient qu'enflammer encore l'abbé Dupanloup. Il reprit donc avec une activité nouvelle l'affaire du journal : « Nous sommes ici, écrit-il à Alme la princesse Borghèse le jour de Noël, dans de grandes douleurs. Les horribles malheurs de la Suisse, et les démonstrations faites à Rome, ont consterné les meilleurs esprits. Les hommes politiques les plus éminents n'hésitent pas à dire qu'on est à la veille de grandes catastrophes, si la Providence ne vient à notre secours. C'est le moment ou jamais de faire un suprême effort. Autrefois on donnait son sang pour Dieu; aujourd'hui on ne donne pas même son argent. Et bientôt il faudra peut-être livrer l'un et l'autre sans profit. » Son personnel cependant était enfin constitué, et dans une lettre du 7 janvier 1848, après avoir énuméré à la princesse les grands noms sur lesquels il croyait pouvoir compter, il ajoutait : « A la veille des combats qui se préparent, tous sentent la nécessité de descendre dans l'arène, et de se faire soldats. J'ai promis d'écrire aussi. » Un moment même il fut sur le point d'acheter l'Univers : ce qui eût supprimé, écrivait-il au P. de Ravignan, tous les inconvénients. » Nous le verrons du reste, tant d'efforts ne devaient pas être perdus.

C'est dans de telles circonstances que M. de Montalembert revint à Paris pour la nouvelle session législative. Pouvait-il être muet sur ces graves événements? Son discours, anxieusement attendu, surpassa toutes les espérances. Jamais le jeune comte ne s'était élevé à une si haute éloquence : il remua la noble Assemblée comme elle ne l'avait encore jamais été, en lui montrant dans la défaite des catholiques de Suisse par le radicalisme impie la défaite même de l'Europe conservatrice. Témoin du triomphe de son ami, l'abbé Dupanloup lui écrivait le soir même : «14 janvier 1848. Mon cher ami, vous n'avez jamais rien dit qui ait eu autant qu'aujourd'hui ma plus profonde sympathie. Je ne veux pas me coucher sans vous l'écrire : c'est la plus belle gloire possible, c'est la plus

grande grâce de Dieu d'avoir fait entendre une protestation pareille en faveur de la liberté, de la religion et de la justice opprimées. Vous avez été vous, seul et tout entier. »

Quelques jours après, c'était le tremblement de terre de février. Une tempête soudaine emportait la dynastie: et ces hommes du gouvernement de Juillet, qui avaient tant redouté l'Église, et si peu « ce qui se remuait de sombre au cœur des masses populaires1*, voyaient avec effroi l'abîme tout a coup s'entr'ouvrir et la société chanceler sur ses bases.

C'est cependant de cette révolution qu'allait sortir la liberté d'enseignement.

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