CHAPITRE XX
L'abbé Dupanloup, Chanoine de Notre-Dame
(suite)
Révolution de Février. — VAmi de la Religion.
L'abbé Dupanloup en Dauphiné
La catastrophe de Février, dont les contre-coups ébranlèrent l'Europe, ouvrait un inconnu terrible. Cette république, si inopinément proclamée, que serait-elle? On ne tarda pas à être rassuré sur ses dispositions immédiates envers l'Eglise. Elles furent pacifiques, bienveillantes même. Comment l'expliquer? Sans doute, l'alliance du trône et de l'autel n'existant pas comme en 1830, on ne pouvait soupçonner le clergé d'accorder trop de regrets à une monarchie qui avait eu contre l'Eglise tant d'ombrages. Mais surtout l'attitude libérale de Pie IX et des catholiques de France ne permettait pas à la république de 1818 de considérer l'Eglise comme incompatible avec un gouvernement qui se fait gloire, bien que trop souvent sa conduite y contredise, d'être un régime de liberté. C'est justice de faire remonter jusqu'à Pie IX le bénéfice de la faveur inattendue dont l'Eglise jouit alors, de même que Pie IX s'est plu, dans un bref mémorable dont il a honoré M. de Montalembert, le JG mars 1848, à en renvoyer en partie la gloire à ce noble champion et à ses compagnons d'armes : « Des événements considérables et imprévus, dit le Pape dans ce Bref, ont changé la face de la France. Nous remercions vivement le Seigneur de ce que dans cette grande perturbation aucune injure n'ait été faite à la religion et à ses ministres. Nous nous complaisons dans la pensée que cette modération est due en partie^
à votre éloquence et à celle des autres orateurs catholiques qui ont rendu notre nom cher à ce peuple généreux. »
Quant aux catholiques, quelle serait leur attitude? Dans la situation incertaine et troublée des choses, leur concours était précieux même à ceux qui, voulant fonder une république durable, sentaient bien qu'ils ne pouvaient l'appuyer sur le désordre et l'anarchie. M. de Montalembert, dès le 28 février, publia, au nom du Comité pour la défense de la liberté religieuse, le manifeste que voici :
ce Au milieu de toutes les révolutions, l'Eglise reste debout. Sous la république comme sous la monarchie, il nous faut défendre la liberté religieuse. Nous le devons, nous le voulons et nous le pouvons. Dans ce changement si grand, si imprévu, nous, catholiques avant tout, nous n'avons rien à changer. Nos droits, nos devoirs, nos intérêts restent les mêmes. Le drapeau que nous avions planté est intact. Les catholiques descendront donc dans l'arène avec leurs concitoyens pour y revendiquer toutes les libertés politiques et sociales. Ils y descendront pour remplir un devoir sacré, un devoir national, un devoir chrétien. Us y porteront une confiance illimitée dans les desseins impénétrables de Dieu, un ardent amour pour la patrie, un impérissable dévouement à sa gloire et à son bonheur. »
Ce langage répondait à la gravité des circonstances; car, ce qui apparut bientôt, menaçant tout le monde à la fois, ce fut le péril social et le drapeau rouge. Il s'était fait, sous le dernier règne, par le roman, par le théâtre, par les sociétés secrètes, un travail de sape et de démolition qu'on ne soupçonnait pas. L'évidence du péril domina les élections et amena une Chambre où l'élément conservateur l'emportait sur l'élément radical et jacobin. Les ennemis de la société n'en étaient pas moins pleins d'audace et bien décidés à ne pas désarmer sans combattre. L'avenir était donc plein d'orages. «Nous sommes, écrivait l'abbé Dupanloup, le 28 février, à la princesse Borghèse, en pleine mer : que Dieu nous garde et nous sauve! Prions, prions. Souftïons pour Dieu et combattons