CHAPITRE XX
tagnes, loin des agitations de la foule et du monde, a toujours été un des plus grands attraits de mon àme. »
Le soir, il était à Bourges, « chez les bons Sulpiciens ». Après une visite au cardinal, il en partait le lendemain, à cinq heures de l'après-midi, et, tout ému encore des tumultes de Paris, il goûtait enfin le premier charme de la campagne. « Tout commençait à verdoyer. » « Paris, du milieu des champs, lui paraissait un antre. » Il trouvait a Xevers l'aimable hospitalité de la famille de Mieulle ; Chastellux, vieux château gothique en Bourgogne, ou il s'arrêta ensuite quelques jours, fut pour lui une vraie douceur. Il était là dans une atmosphère de pieuse affection et de respect; et aussi dans une belle nature, et la nature surtout le reposait des hommes. Sa pure imagination se pacifiait ; sesailes pour ainsi dire se repliaient ; il touchait terre; il revivait. Après avoir quitté cette famille, il arrivait dans le Beaujolais, chez M. le comte des Garets, et allait faire à Ars un pèlerinage, pour y voir, comme avait fait peu auparavant le P. Lacordaire, ce curé vénérable, la merveille de notre temps: s Œil plein de vie, corps anéanti, parole ardente, vrai saint, » tel est le portrait qu'il en trace. Il y revint plusieurs fois encore, et c'est lui, a-t-il souvent répété, qui a donné le plus de lumières à mon âme. Il racontait quelquefois que l'année où il fut nommé évèque, étant encore allé à Ars, comme il gémissait du fardeau de Tépiscopat : « Consolez-vous, lui dit l'humble prêtre; il y a dans le martyrologe plus d'évêques que de curés. » Ce qu'il n'a pas dit, c'est quelle impression il lui fit lui-même, mais nous le savons. A quelque temps de là une de ses filles spirituelles voulut aussi sur ses conseils se confessera l'homme de Dieu. « Arrivée depuis le matin, elle avait tenté vainement de percer la foule qui entourait toujours ce confessionnal. Le soir, comme le saint curé se rendait de l'église au presbytère, sans avoir l'air de rien entendre, selon sa coutume, et surtout sans rien répondre: «Monsieur le curé, s'écria alors la pèlerine, je viens ici de la part de M?r Dupanioup. » A ce nom, le curé s'arrêta tout court, et, fixant sur son interlocutrice le regard clair et profond de ses grands yeux : « Ah ! mon enfant,
m VIE DE MONSEIGNEUR DUPÀNLOUP,
lui répondit-il en joignant les mains avec une expression indicible, vous avez le bonheur de connaître ce saint évèque, et de quoi pouvez-vous avoir besoin {? y>
Vers la fin de mai, il arrivait à Lacombe, chez M. Albert du Boys, en Dauphiné.
« Lacombe, a-t-il écrit, lieu incomparable, posé comme un nid d'aigle au penchant de ces montagnes si verdoyantes, si touffues, au pied de ces glaciers... Ce qui fait pour moi de Lacombe, ajoute-t-il, un doux et profond souvenir, c'est la paix que j'y ai goûtée pendant ces jours affreux de 1848, au milieu des plus grandes et des plus belles scènes de la nature; et dans le sein de cette pieuse et douce famille , au milieu de ces esprits si purs et de ces cœurs si bons, avec ces aimables petits enfants. De ces hauteurs sublimes et si calmes, je regardais Paris et les basses régions de ce monde si agité; je n'entendais que les bruits lointains. »
Nous pouvons dire que Lacombe, et nous le dirons bientôt aussi de Ment bon. fut dans sa vie un bienfait de Dieu : à peine au début des luîtes qui l'attendaient, Dieu ne pouvait lui ménager, pour réparerses forces et récréer son àme, un lieu de repos mieux fait pour lui.
M. Albert du Boys, dont nous aurons souvent à prononcer le nom dans la suite de ces récits, cet ami fidèle et dévoué de Févêque d'Orléans, qu'il devait voir mourir sous son toit, comme si Dieu eût voulu consacrer par la mort cetie noble amitié, était lie depuis longtemps déjà avec l'abbé Dupauloup. Leur première rencontre remontait à 1833. M. du Bo\s voyageait alors en Suisse avec sa jeune femme, ancienne enfant du catéchisme de Saint- Hyacinthe, et son beau-frère, M. de Larnage, le fondateur du célèbre nsile des épileptiques, a Tain ; un jour, a Genève, ils entrent tous \^> trois dans une église pour y entendre la u lait l'abbé Du pan loup qui la disait.
Après la messe, M. du Boys lui avait ete présenté par ^a femme et son beau-frere. Depuis, l'abbé Dupanloup lui avait lait de temps en temps quelques rapides visites en
1. Les dernier» jours de .l/gr Dupanloup, par MUa Netty du Boys.