‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 252 sur 326 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

traversant le Dauphiné. Mais en 1846, M. du Boys prenant les eaux à Aix pendant que l'abbé Dupanloup était à Haute-Combe, ils se virent souvent, et leur liaison commença dès lors a devenir très intime. Un homme comme 31. du Boys, vu de près, ne pouvait pas ne pas inspirer à l'abbé Dupanloup la plus vive sympathie. Il appartenait à ce qu'on appelle la noblesse de robe. Son père avait été conseiller au Parlement de Grenoble avant 89, et président de chambre sous la Restauration. Ancien magistrat lui-même, très distingué d'esprit, très noble de cœur, et chrétien généreux, après avoir brisé, non sans douleur, en 1830, une carrière pleine d'avenir, il s'était mêlé activement à la lutte pour la liberté religieuse dans le Correspondant, dont il était l'un des fondateurs, et il honorait encore sa retraite et son nom par de savants travaux.

Lacombe, sa maison de campagne, est située à quelques lieues de Grenoble, dans la vallée de Graisivaudan. Posée au penchant des collines qui dominent l'Isère et qui sont dominées elles-mêmes par les hautes Alpes, l'habitation n'a de remarquable que les deux tours qui flanquent les deux angles du château, en face de la vallée; mais de la terrasse qui va d'une tour à l'autre, et d'une seconde terrasse qui regarde Grenoble, la vue est merveilleuse. On a sous ses pieds l'Isère, qui serpente à travers des prairies parsemées de peupliers ; devant soi les âpres sommets de la Chartreuse; à gauche, aux extrémités de l'horizon, Grenoble et ses montagnes ; à droite, les cimes lointaines de la Savoie. De ce côté, parallèlement à la vallée, se prolonge, horizontale et plane, une grande allée de marronniers et de tilleuls séculaii es, que d'autres allées continuent jusqu'à une gorge et un précipice profonds. Tel est Lacombe comme site. Beaux et vastes horizons. La paix sur les hauteurs. Famille d'ailleurs admirablement chrétienne où il trouvait la plus complète liberté dans le plus filial respect. Et entin une variété infinie, dans ce pays pittoresque, de promenades faciles, ou de courses vaillantes, d'ascensions héroïques. Tout devait donc lui plaire et l'attacher à Lacombe. Le séjour qu'il y lit

alors fut comme une adoption définitive de ce lieu et de cette famille, et désormais sa joie sera de pouvoir y revenir.

Mais, malgré son extrême besoin de solitude et de paix, sa pensée, on l'imagine facilement, se portait et se reportait sans cesse, avec regrets, vers Paris. « Oh ! que vous avez tort, lui écrivait M. de Montalembert, de ne pas vous résigner ! Attendez donc les Cacumina montium : s'ils reparaissent un jour, nous serons là pour y poser un pied que rien n'aura souillé ; s'ils ne reparaissent plus, à quoi bon voler dans le vide?» Mais il avait d'aulres amis qui s'accommodaient moins de son absence. « Sans vous, que faire ?» lui écrivait leP. de Ravignan, qui ne pouvait se passer de lui. Il annonça son retour. M. de Montalembert l'en dissuada de nouveau énergiquement. « Le P. de Ravignan, écrivit-il à son ami, et M. C..., m'ont tous deux annoncé que vous alliez revenir. Je me demande pourquoi. Je ne sais si cette lettre arrivera à temps pour vous arrêter, mais la charité me porte à vous écrire, à faire pour vous ce que je voudrais qu'on fit pour moi, et vous engager à rester tranquillement loin du bruit et du néant où nous sommes. Je parle contre mon intérêt, car votre présence ici me serait aussi utile qu'agréable; mais, comme je sens profondément que je voudrais changer de place avec vous, je vous engage à rester ou vous êtes, à travailler pour des jours meilleurs s'il en vient; et s'il n'en vient pas, à vous réserver pour des jours pires que ceux-ci, où le dévouement du prêtre et son martyre seront la seule consolation du monde. »

Il resta, mais dans un repos bien troublé ; et de quelque douceur que ses hôtes fussent pour lui, et lui pour ses hôtes, aimable et bon avec les enfants, condescendant jusqu'à jouer avec eux dans la grande allée, et leur redire ces belles histoires, qui faisaient les délices des enfants de Saint-Nicolas, les préoccupations des choses s'emparaient de lui, malgré lui; son éloignement momentané du théâtre de la lutte le désolait, et il avait « des jours de tristesse, de fatigue, d'abattement moral. Il me faut, écrit-il, l'action, l'action physique, intellectuelle, l'action

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