‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 255 sur 326 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

civique, restauré l'ancien régime municipal, créé une consulte d'Etat, une Chambre des députés : mais c'était une révolution et non pas des reformes que l'on voulait. Le 15 novembre 1848, son ministre, AI. Uossi, tombait assassiné aux portes du palais législatif; le Saint-Père luimême était assiégé par ses propres troupes et prisonnier au Quirinal.

Le général Cavaignac eut une inspiration habile et généreuse : sur-le-champ il fit partir pour Rome (24- novembre), avec une brigade de 3500 hommes, comme ambassadeur extraordinaire, un homme qui avait et qui méritait toute la confiance des catholiques, M. de Gorcelles, chargé d'assurer la sécurité et la liberté du pontife, et de lui offrir au besoin l'hospitalité de la France. Pour le moment les instructions n'allaient pas au delà. Lui-même, quelques jours après, 3 décembre, il écrivit au Saint-Père la plus noble lettre pour l'inviter à venir chercher un refuge sur le sol français.

Quels cris éloquents ces événements arrachèrent à l'abbé Dupanloup! « Pie IX était captif hier; il est peutêtre en fuite aujourd'hui !... Voilà donc ce que signifiaient ces ovations perfides, que des voix imprudentes osaient bien nommer des émeutes d'amour !... Quelle que soit la terre hospitalière qui l'ait reçu, que cette terre soit bénie ! les chrétiens la visiteront un jour comme une terre consacrée ; et si Dieu avait voulu que ce fût la terre de France, le sol de notre patrie tressaillirait sous ses pas, et nous saluerions sou arrivée parmi nous comme la bénédiction de notre avenir. Et dès ce moment, en quelque lieu que l'ange du Vatican l'ait conduit, prosternés en respect et dans l'effusion du plus tendre amour, nous baiserons ses pieds comme nous aurions baisé ceux de Pierre, au sortir de la prison Mamertine. »

Et le bruit s'étant soudain répandu que le Saint-Père avait en effet demandé asile à la France : «Nous écrivons, s'écriait l'abbé Dupanloup, les yeux pleins de larmes de douleur et de joie : à cette heure, Pie IX touche peut-être la terre de France... Sa marche à travers nos villes et nos provinces va être une marche triomphale; les populations

vont accourir sur son passage, avides de le contempler, de se courber sous sa main bénissante. La France, la vieille France de Charlemagne et de saint Louis, se portera tout entière, dans un élan d'enthousiasme et d'amour, au-devant du glorieux successeur de saint Pierre, et elle baisera avec transport les pieds de ce victorieux proscrit. Venez, venez, très Saint-Père,... nulle terre catholique n'est une terre étrangère pour le Père commun des chrétiens; mais la France est la fille aînée de l'Eglise, elle a des droits spéciaux à votre paternelle préférence. »

Mais déjà, le Saint-Pere, grâce à un ingénieux stratagème imaginé par notre ambassadeur à Rome, le duc d'Harcourt, avait pu s'échapper du Quirinal, et s'était réfugié à Gaëte : tous les ambassadeurs de l'Europe l'y suivirent.

Cependant les événements, en se précipitant, n'allaientils pas amener des nécessités plus graves, et entraîner à une action plus étendue la République française? A la tribune, le 30 novembre, M. de Montalembert, dans un admirable discours, demanda que la protection de la France couvrît non seulement la personne, mais l'autorité du Pontife; et l'Assemblée, en votant l'approbation des mesures prises pour assurer la liberté du Saint-Père, réserva expressément à la France sa liberté d'action pour l'avenir.

Il était facile de prévoir que la marche des choses imposerait à la France catholique d'autres devoirs. Mais il fallait y préparer l'opinion. C'est la mission que l'abbé Dupanloup se donna. Il prit donc énergiquement en mains la défense de la souveraineté pontificale, et, du 9 décembre au 16 janvier, V Ami de la Religion publia sur cette grande question, et sous sa signature, une série de brillants articles qui firent en France et en Europe une sensation profonde. Jamais encore son talent ne s'était élevé si haut. «C'est ferme, franc, énergique, éloquent, lui écrivait M. de Montalembert. Je ne me souviens pas d'avoir rien lu de vous qui me parût si fort, excepté les dernières pages de votre Pacification religieuse. » Et il lit publier ces articles par le Comité pour la défense de

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