‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 261 sur 326 · CHAPITRE x · texte numérisé non relu

CHAPITRE x

Providence et la main de Dieu, je n'hésiterais pas. — Je sens bien, lui dis-je, qu'à moi seul je ne peux pas vous assurer de cela; mais ce que je vois clairement, c'est que s'il y avait ici vingt évoques , tous vous supplieraient d'accepter. Ce qui est une des choses les plus extraordinaires dans un temps comme celui-ci. »

» Cette raison et cette autorité de l'épiscopat parurent lui faire une certaine impression ; enfin il me dit en se levant, après une heure et demie de résistance : «Je sens que je n"ai plus rien à répondre, je suis forcé d'avouer que ces raisons sont très fortes. Mais, ajouta- 1 — il avec un accent que je n'oublierai jamais et qui m'attendrit encore jusqu'aux larmes — je le vois s'appuyant sur la cheminée et ne pouvant plus se soutenir : — « oui je le reconnais, tout ce qui se passe est fort extraordinaire, il est impossible de ne pas voir là la Providence; oui, il va et il y aura à faire les plus grandes choses, c'est une admirable mission,... mais vous vous êtes mal adressé, je ne suis pas l'homme; je n'en suis ni digne, ni capable... Il faudrait un bon chrétien, je ne le suis pas assez ; il faudrait un homme qui sût prier Dieu, je ne le sais pas. » Et en me disant ces choses il contenait son émotion, et j'avais grand' peine à contenir la mienne. « Je suis bien capable d'un certain dévouement, mais c'est tout, et je n'ai rien de ce qu'il faut d'ailleurs pour les grandes choses que la Providence semble indiquer ici. » Aces admirables et touchantes paroles je ne répondis rien, sinon qu'il était manifeste que la Providence le choisissait et qu'elle l'aiderait, que lui seul était possible,... qu'il n'avait qu'une chose à faire, qu'à céder, et que la Providence ferait le reste.

» Il entra alors dans la discussion des détails, ne pouvant se résoudre à accepter, me disant qu'il avait refusé, que c'était une affaire finie. En me disant ces choses, il s'étant rejeté sur son fauteuil de lassitude. Je lui dis alors : « Tenez, il faut en finir; il y a une parole de mon bréviaire qui a eu sur moi une influence immense, décisive : il faut que cette parole l'ait aujourd'hui sur vous.— Quelle est cette parole? me dit-il en levant les yeux sur moi. — Cette parole, lui dis-je en ouvrant mon bréviaire à l'of-

lice de saiiU François Xavier, c'est du fond des Indes que saint François Xavier l'écrivait à ses frères en Europe; c'est une parole superbe, vous allez en juger : Satitis est Dei causa servitutem subire, quant, crucis fugà, perfrui liber ta te. »

» Dès qu'il eut entendu cette parole : « Oui, dit-il, cette parole est admirable, je veux la copier... » Il prit un crayon et la copia dans son portefeuille. « Maintenant, lui dis-je ; voilà quatre heures de suite que vous luttez, je me reprocherais d'abuser de votre lassitude. Je reviendrai ce soir, lorsque vous vous serez reposé et aurez réfléchi tranquillement. »

y> Je le quittai avec l'inquiétude qu'il ne tombât malade, et si je n'avais pas été sous une impression irrésistible, je me serais reproché d'abuser ainsi de sa fatigue et de son amitié. »

Ici s'arrête malheureusement le récit de l'abbé Du panloup.

Mais voici ce qui se passait pendant ce temps-là : M. Odilon Barrot ayant rapporté au Prince le dernier mot de M. de Falloux, le Prince se crut abandonné par la droite et il songeait à demander un point d'appui à la gauche. Cela c'étaient deux catastrophes certaines : Pavortement de la loi sur la liberté d'enseignement, et l'abandon de Rome. Averti de ce fait par M. Mole, l'abbé Dupanloup tenta l'impossible pour retrouver M. de Falloux. Celui-ci. pour échapper à toute obsession nouvelle, était aile se réfugier au Jardin des Plantes, sur qu'aucun homme politique ne viendrait le chercher la ; et de la. pour n'être pas saisi chez lui, il était aile demander asile à Mme Swetchine. L'abbé Dupanloup vint a bout de l'apprendre et le fiacre qui devait venir prendre à neuf heures M. de Falloux, amena au contraire, à la même heure, le persévérant abbé. Laissons maintenant parler M. de Falloux :

« Je causais gaiement, comme un homme qui vient d'échapper à un grand péril, quand la porte du salon, que je savais rigoureusement fermée, s'ouvrit brusquement, laissant apparaître l'abbé Dupanloup. Il s'excusa en peu de mots près de M** Swetchine, puis me dit :

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