‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 262 sur 326 · CHAPITRE XXi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXi

« Je suis chez vous depuis six heures, suppliant vainement Marquet1, au nom des plus graves intérêts, de m'a p prendre où je pourrais vous trouver; il m'a laissé impitoyablement me passer de dîner, mais voyant que je ne me lassais pas plus que lui, et que l'heure où vous deviez rentrer approchait, il m'a mis dans le fiacre qui vient vous chercher et me voici !

— Eh bien ! que me voulez -vous?

— Vous faire sentir tout le poids de votre responsabilité. On a porté votre refus au Président qui a répondu froidement : « Je comprends ce que cela signifie : à l'âge de M. de Falloux, on ne refuse pas volontairement un ministère; son parti ne lui permet pas d'accepter; c'est une déclaration de guerre. Je voulais prendre mon point d'appui au sein du parti conservateur : puisque ce point d appui me manque, je dois le chercher ailleurs. Le parti légitimiste lève son drapeau aujourd'hui ; demain le parti orléaniste lèvera le sien ; je ne puis pas ainsi rester en l'air, et je vais demander à gauche le concours qu'on ne veut pas me prêter à droite; ce soir je verrai M. Jules Favre. »

» Voilà donc, mon ami, ajouta l'abbé Dupanloup, la situation que votre entêtement a créée. Vous allez abandonner l'Italie à ses convulsions, laisser le Pape sans secours, à la merci de ses pires ennemis, rejeter dans l'anarchie la France qui n'aspire qu'à s'en affranchir, et couvrir de confusion devant elle les plus éminents représentants du parti conservateur. »

j> Je demeurais atterré, à mesure que l'abbé Dupanloup déroulait le tableau de la journée; Mme Swetchine ne prononçait pas un mot.

» Qui vous a dit tout cela?

— M. Mole lui-même, puis M. de Montalembert, qui dîne à deux pas d'ici, chez Mrae Thayer, et qui demande en grâce à vous voir.

— Eh bien, menez-moi à lui?

» Je laissai Mme Swetchine dans la plus grande anxiété,

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