‹ Vie de mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 278 sur 326 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

servait encore sur plusieurs points graves quelques-uns de ses préjugés et de ses ombrages d'autrefois. Nul n'était plus capable que l'abbé Dupanloup de faire pour lui la lumière, soit par sa compétence en ces questions, soit par l'ascendant de son àme et de sa parole. Comme l'a très bien dit M. de Falloux, « sa nature était faite pour traiter avec les hommes et prendre de l'empire sur eux. Il avait, au même degré, toutes les véhémences de la conviction et toutes les délicatesses de la charité. Quand il s'enflammait, et l'on peut dire quand il s'emportait, ou sentait que son cœur demeurait sans fiel et qu'un adversaire même y avait toujours sa place; quand, au contraire, il faisait des avances, et, dans une certaine mesure, des concessions, on voyait parfaitement le point qu'il ne dépasserait jamais, et l'on sentait qu'il ne faiblirait pas plus dans le service de la vérité par défaut de discernement que par défaut d'énergie. L'attraction de M. Thiers pour l'abbé Dupanloup et de l'abbé Dupanloup pour M. Thiers devint aussitôt évidente à tous les yeux. Notre table de travail avait la forme d'un fer à cheval. En qualité de président, M. Thiers était assis au sommet; l'abbé Dupanloup était allé modestement prendre place à .l'extrémité d'une des branches du fer à cheval. Quand il parlait, M. Thiers ne se contentait pas d'adhérer de la tête et du geste. Je me souviens de l'avoir vu plusieurs fois quitter sa place, longer le mur derrière ses collègues, entrer dans l'intérieur du fer à cheval, et là, debout, en face de l'abbé Dupanloup, recueillir toutes ses paroles avec l'air de jouissance d'un homme qui se dit : « Je tiens enfin le vrai! » Il est certain que plus d'une fois, principalement dans les matières relatives à l'enseignement secondaire, la parole de l'abbé Dupanloup fut pour M. Thiers une lumière inattendue et souveraine : il fut ébranlé dans ses préventions, et, sa conviction ainsi changée, il mit son devoir et son honneur à faire triompher dans les assemblées législatives la vérité qu'il avait reconnue1. »

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